Un Cap Horn encore plus sévère ?

Lors de la Barcelona World Race, le passage du Cap Horn est l’un des plus délicats et compliqués du parcours du point de vue météo. Pour la prochaine édition de la course, les IMOCA affronteront ce cap légendaire à l’entame de l’automne austral, où les conditions pourraient s’avérer encore plus sévères que pour les éditions passées.

News MARS 2, 2018 12:29

On peut se demander pourquoi les départs des courses autour du monde telles que le Vendée Globe ou la Barcelona World Race ne sont pas donnés aux abords du printemps pour revenir en Europe à la chaleur estivale. La réponse est simple et relativement évidente : dans le Grand Sud, à cette époque de l’année, les conditions météo sont particulièrement difficiles et la navigation dans cette zone aux saisons d’automne et d’hiver est particulièrement risquée, qui plus est au Cap Horn !

 

Pour quelles raisons ? Tout d’abord, parce que la force du vent en moyenne et la fréquence des tempêtes sont beaucoup plus élevées aux saisons froides, ce qui signifie des conditions de mer et de houle également plus dangereuses. La deuxième raison est la température, celle de l’eau. Les vagues qui balayent le pont des bateaux peuvent aisément descendre jusque 4ºC au niveau des 40-45º S de latitude ; des conditions particulièrement dures à bord, surtout si l’on ajoute le vent glacial issu de l’Antarctique et transporté par les tempêtes. Enfin, plus l’air est froid, plus il est dense. Il pèse donc plus lourdement et affecte d’avantage les voiles, rendant la navigation encore plus éprouvante pour les hommes et les machines.

Dans le Vendée Globe, dont le départ est donné à la mi-novembre, les IMOCA rallient le Cap Horn entre fin décembre et le début du mois de janvier, soit la première moitié de l’été austral. Lors des deux dernières éditions de la Barcelona World Race, parties le 31 décembre, la flotte a doublé le Cap Horn entre fin février et la mi-mars (passages dont nous célébrons l’anniversaire en ce moment !) ; c’est-à-dire pendant la seconde moitié de l’été austral. 

Le concurrent à franchir le Cap Horn au plus tard dans l’histoire de la Barcelona World Race était We Are Water, le 29 mars 2011. Jaume Mumbrú et Cali Sanmartí s’étaient retrouvés aux prises avec des conditions féroces en ce début d’automne austral, affrontant des vents de 45 nœuds, soufflant en rafales jusque 60 à 65 nœuds. Ils avaient dû naviguer à la défensive, subissant néanmoins des dommages conséquents sur leur gréement. Les vents violents venus du sud, soufflant en travers d’une houle de nord-ouest, et créant ainsi des courants croisés avaient rendu la navigation extrêmement périlleuse. Aperçu en vidéo ci-dessous :  

Impressionnant, n’est-ce pas ? Il est plus que probable que l’intégralité de la flotte IMOCA rencontre des conditions similaires à celles de We Are Water en 2011 lors de la prochaine édition de la Barcelona World Race. Avec un départ le 12 janvier 2019 et une escale à Sydney, les bateaux atteindront la pointe de l’Amérique du Sud fin mars, date à laquelle aucune course IMOCA n’avait encore envisagé un passage dans le Pacifique Sud, et encore moins le contournement du Cap Horn.

C’est pourquoi l'IMOCA a commandé une étude au météorologue Marcel van Triest pour évaluer les dates de passage au cap compte tenu des caractéristiques des navires. Van Triest a conclu que tous les navires auront doublé le Horn au 1er avril 2019, à l'exception peut-être de quelques cas particuliers si des dommages étaient subis en amont du parcours, et éviteront ainsi le plus dur des conditions de l'automne austral.

Le passage du cap mythique est également compliqué sur le plan météo du fait de ses caractéristiques géographiques. Le Cap Horn est situé à 55°58’ S ; latitude la plus sud du parcours. D’autre part, la Cordillère des Andes provoque une compression des vents de Nord-Est ; leur force s’intensifie générant des conditions de mer très formée. Et si ce n’était pas suffisant, la profondeur des fonds s’élève brutalement de 4,000 mètres à 500 mètres en l’espace de quelques kilomètres. Ce changement rapide de profondeur entraîne la formation d’une grosse houle et génère également de forts courants croisés, voire des vagues pyramidales. 

Un colloque consacré au Cap Horn se tiendra au siège de la FNOB à Barcelone le 14 mars prochain. Ce sera l’occasion d’aborder les aspects météorologiques et les spécificités sportives liés au passage de cette pointe emblématique, mais aussi les questions de sécurité maritime et la recherche scientifique et environnementale au niveau de cette zone mythique, endroit unique et très reculé de notre planète.