Ne pas vendre la peau de l'ours...

Ne jamais crier victoire trop tôt. C’est une attitude récurrente chez les marins de ne jamais trop se réjouir tant que la ligne d’arrivée n’est pas encore franchie. Tous ont en mémoire des histoires d’accidents stupides survenus alors que la partie semblait jouée. Prudence légitime et bribes de superstition forment alors un cocktail intangible qui voit les candidats à la victoire rester sur une stricte réserve alors que les honneurs leur tendent les bras. L’attitude de Bernard Stamm, joint ce matin à la vacation en témoigne.

News MARS 24, 2015 17:58

A un peu plus de 200 milles de l’arrivée, l’équipage leader de la Barcelona World Race depuis plus de deux mois veut rester concentré sur l’instant présent. Faire leur course, ne rien changer aux habitudes qui leur ont valu d’aborder cette ligne droite en si bonne position, rester vigilant… Ni Bernard Stamm, ni Jean Le Cam ne veulent se laisser surprendre par une faute de concentration dans les dernières heures de course.

Réparations en série

D’autant que Cheminées Poujoulat n’a pas connu un tour du monde de tout repos… loin s’en faut. Depuis le début de la course, les deux marins ont connu une accumulation de galères qui, si elles ne les ont pas empêchés de maintenir un rythme élevé, les ont contraints à passer un temps non négligeable à bricoler. Perte d’une voile dès le début de course, girouettes hors d’usage depuis le Pot au noir jusqu’à la moitié du Pacifique sud, problèmes de hook de génois, rail de chariot de mât arraché : à chaque fois, il a fallu trouver une solution de remplacement et procéder aux réparations, le plus souvent à plusieurs mètres au dessus du pont. Bernard Stamm l’avouait : il ne pouvait pas compter le nombre d’heures passées dans le mât depuis le départ.

De Barcelone à l’Atlantique, le règne de l’incertitude

Pour ce qui devrait être la dernière grande course transocéanique de Bernard Stamm aux côtés de son fidèle partenaire, c’est aussi une belle manière de conclure et, peut-être de rebondir. Les deux hommes sont attendus demain aux alentours de 14h à Barcelone, mais les conditions très instables peuvent bousculer les pronostics.

Mais il n’y a pas qu’à bord de Cheminées Poujoulat que l’incertitude règne. L’équipage de Neutrogena a communiqué, par l’intermédiaire de son partenaire joint sur le téléphone iridium de secours, qu’il ne disposait plus de moyens de communication. Suite à un empannage particulièrement violent, l’ensemble des antennes situées sur le portique à la poupe du bateau ont été arrachées. Malgré le manque d’informations détaillées sur la situation météo, Guillermo Altadill et José Muñoz continuent de tenir la dragée haute à l’équipage de GAES Centros Auditivos. Même si la situation météo est, pour l’heure, relativement claire, le handicap de ne pas pouvoir télécharger les fichiers de vent et cartes météo détaillées est réel. Aller vite sans trop se préoccuper de certaines finesses de trajectoire semble devoir être le lot de Neutrogena.

A bord de GAES Centros Auditivos, c’est la forme de l’équipage qui pourrait entraver leur marche en avant. Anna Corbella, suite à une perte d’équilibre alors que le bateau butait sur une vague, s’est tordu le genou et se trouve handicapée pour les manœuvres à bord. Pour l’heure, Anna est au repos et c’est donc Gerard qui veille aux destinées du bateau en attendant que sa coéquipière recouvre ses moyens.

Derrière, la bagarre promet d’être somptueuse entre We Are Water et One Planet One Ocean & Pharmaton auteur d’un joli coup stratégique en choisissant une route plus est pour franchir le Pot au noir. Aleix Gelabert et Didac Costa disposent d’une avance de près de 80 milles sur le voilier des frères Garcia.

Ils ne sont plus que deux dans l’hémisphère sud. Renault Captur a enfin pu accrocher les alizés quand Spirit of Hungary doit négocier une petite zone de transition avant de récupérer des vents plus stables, d’est dominant. Demain, les projecteurs seront braqués sur Barcelone et il y a fort à parier que ceux qui ont encore plus d’un océan à traverser vont sûrement se sentir un peu plus seuls au monde.

 PFB

 

Ils ont dit :

Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) : « On a eu quelques problèmes techniques majeures. On a toujours un mât, une quille, des safrans, pas de trou dans la coque. On a eu des problèmes très embêtants comme le rail de mât arraché, pas d’information de vent sur la moitié du tour du monde, on a perdu une voile importante tout de suite, on peut en lister encore quelques unes. On subit encore maintenant les problèmes qu’on a eus avec nos hooks et nos drisses. Le génois, il faut monter en tête de mât pour le mettre. Comme c’est une voile qui est utile en Méditerranée… Je ne sais pas si on a passé un jour sans avoir un problème. Ce n’était pas des problèmes structurels, on a réussi plus ou moins à toujours avancer même avec les ennuis. On a eu de la chance de trouver des zones de transition avec assez peu de mer, même dans le Pacifique pour aller refixer le rail au mat, pour hisser de nouveau la grand-voile. Ça n’a pas été un long fleuve tranquille. »