La voile océanique face au défi de la glace dans le Grand Sud

Le débat La navigation dans le Grand Sud : les portes des glaces et le changement climatique a mis en relief que le changement climatique dévoile sa face la plus imprévue dans les mers des océans du Sud. La détection massive de glace antarctique donne lieu à des approches organisationnelles et technologiques impensables il y a peu dans une régate autour du monde. Les navigateurs océaniques deviendront des acteurs qui vont dévoiler de nouvelles réalités dans les prochains tours du monde.

News FÉVR. 6, 2013 15:48

Portes des glaces ou zones d’exclusion? Ou, peut-être, une solution mixte? Quel est l’état des systèmes actuels de détection de glace? Quelles solutions sont envisagées pour éviter les collisions avec les objets flottants? Voilà quelques-unes des questions qui ont été débattues en vue de l’organisation de la Barcelona World Race 2014/15 et de l’avenir des régates de voile océanique en général. La table ronde La navigation dans le Grand Sud : les portes des glaces et le changement climatique qui a eu lieu hier au Centre d’Interprétation Barcelona World Race en présence d’une vingtaine de représentants des médias et a été diffusée en direct sur Internet, avec interprétation simultanée vers l’anglais et le français. Le débat a souligné le défi organisationnel et technologique qu’impliquent les progrès dans la sécurité de la navigation océanique du Sud et a mis en relief le large éventail de possibilités qui se dessinent dans la collaboration entre la science océanographique et la régate océanique.

L’évidence du changement climatique et l’impact de celui-ci sur la fonte des glaces polaires ont été les sujets principaux de la première intervention du débat présentée par Jorge Luis Valdés, directeur des Sciences océaniques de la Commission Océanographique Internationale (COI-UNESCO). Valdés, scientifique ayant participé à de nombreuses expéditions marines, a présenté les données scientifiques qui corroborent une réalité qui concerne la planète et notamment les océans. Il s’est réjoui de la relation entre le sport de la voile océanique et l’océanographie, comme il se dégage du projet de mesure de la salinité et la concentration de micro-plastiques dans l’eau de la mer pour la prochaine Barcelona World Race. Ce projet fait des navigateurs et de leurs bateaux de vrais agents océanographiques dans les eaux marines les plus lointaines dont on possède très peu de données : « Il est urgent de préserver les océans et, dans ce but, il convient de multiplier les connaissances scientifiques, d’aller de l’avant dans une vision commune et de continuer à progresser dans le développement d’activités durables. Dans ce sens, la voile océanique et, notamment, le partenariat que nous ne cessons de développer avec la Barcelona World Race, mettent en place un cadre idéal à ces fins et nous permettent d’avancer dans l’obtention de données ».    

Après l’exposé du scientifique de l’UNESCO, le débat a démarré sur l’intervention de Marcel Van Triest, météorologue de la Barcelona World Race et célèbre router de projets de records océaniques, et de Joan Vila, navigateur détenteur de l’actuel Trophée Jules Verne qui a participé à quatre tours du monde. Van Triest a encouragé l’étude sur la glace menée lors de la dernière Barcelona World Race et a été router du Banque Populaire V dans le fabuleux record du tour du monde du maxi-trimaran. Le Hollandais a raconté ses différentes expériences dans la détection de glace et a passé en revue les différentes techniques et procédures disponibles à l’heure actuelle. Le météorologue et navigateur a bien défini la différence dans la prévention de la collision contre la glace flottante dans le cas du suivi d’un seul bateau ou d’une flotte dispersée, telle qu’une régate autour du monde : « Le niveau de précision que l’on peut atteindre est énorme et presque en temps réel, mais ceci est inviable dans le cas d’une flotte étendue à cause des moyens et, surtout, de l’argent. » 

Joan Vila a évoqué son expérience sur le Banque Populaire V où, comme navigateur à bord, il a été en contact quotidien avec le bureau de Van Triest basé à Palma de Majorque. Le skipper catalan, premier Espagnol à avoir gagné une régate autour du monde, a expliqué comment la vaste surface de fragments du grand iceberg B-15 les a obligés à se dérouter et a évoqué l’état des technologies actuelles de détection à bord qui, selon lui, sont le domaine technologique où il faut aller de à court terme, surtout, pour lutter contre le problème pressant des OFNIS (Objets flottants non-identifiés) qui constituent un danger beaucoup plus grave que la glace au vu des accidents survenus lors des dernières régates océaniques : « Les systèmes satellitaires actuels ne repèrent pas un objet de moins de 100 mètres. Il est nécessaire de développer des systèmes de détection à bord. À ce jour, aucune solution efficace à court terme n’est entrevue »

Le débat, animé par le journaliste Víctor Lavagnini, a été diffusé en direct depuis le site web de la Barcelona World Race et depuis d’autres sites internationaux tels que Voiles et Voiliers, et Sailing Channel TV, Sailing Anarchy, Todo Regatas, VSail, Lorient Grand Large. Les internautes ont participé activement en posant des questions aux intervenants à travers le site web, Twitter et Facebook. Dans les jours qui viennent nous publierons les conclusions du débat. 

Des images du débat: