La fin de la foire

La belle histoire ! Il suffisait de regarder les trognes de Bernard Stamm et Jean Le Cam pour s’en convaincre. Ces deux-là ont vécu de sacrés moments de complicité à trouver les mille et une solutions pour résoudre les galères auxquelles ils ont dû faire face. Ils ont bataillé, se sont livrés et surtout, ils ont su partager mettre en commun leurs expériences au service du bateau. Avec comme résultat, une semaine d’avance sur le premier de leurs poursuivants.

News MARS 26, 2015 19:15

De Bernard, Jean a appris qu’il fallait parfois savoir se faire mal, une certaine forme d’obstination à ne jamais rien lâcher, de Jean, Bernard a retiré cette attention méticuleuse au matériel, cette passion de la technique… Et surtout , les deux marins n’ont pas oublié de prendre du plaisir ensemble au vu d’une manœuvre compliquée exécutée parfaitement, d’un instant de détente où fusent quelques plaisanteries, d’un surf d’anthologie dans les mers du Sud. Cette victoire signe enfin la revanche sur le sort de Bernard qui n’avait guère été épargné par les pépins ces derniers temps, elle consacre Jean Le Cam qui devient pour la deuxième fois Champion du Monde IMOCA Ocean Masters, grâce a cette victoire et celle de la Transat Jacques Vabre 2013 qu’il avait partagée avec Vincent Riou. « C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses… » L’expression fait florès chez les navigateurs ; mais cette fois-ci aucune surprise de dernière minute n’est venue troubler la marche en avant de l’équipage de Cheminées Poujoulat.

Debout sur les portières

A voir le monocoque jaune et noir émerger de l’horizon sous spinnaker par 12 nœuds de vent au coucher du soleil devant Barcelone, on pourrait penser que ce retour en Méditerranée s’était apparenté à une balade de santé le long d’Espagne. En fait, ce fut plutôt la douche ibérique : un près musclé par 35 nœuds de vent qui ne s’est essoufflé que quelques heures avant l’arrivée, au grand soulagement des deux compères qui n’en pouvaient plus de vivre comme des dahus, à quatre pattes sous la casquette de protection. Ce régime ne leur est pas réservé puisque c’est ce que subissent les quatre équipages dans l’Atlantique Nord. Faute de pouvoir contourner l’anticyclone des Açores par l’ouest, Neutrogena comme GAES Centros Auditivos sont contraints à un louvoyage musclé entre les îles Canaries et Gibraltar. A bord de GAES, Gerard Marin découvre les contraintes de la navigation en solo, Anna Corbella étant toujours immobilisée suite à sa chute sur un genou. Mais à tout prendre, on peut imaginer que la navigatrice troquerait volontiers sa place contre celle de son coéquipier. Sentir quand on est compétiteur, que l’on devient un poids mort, que l’on ne peut plus participer à la marche du bateau doit être particulièrement frustrant. Plus au sud, c’est un alizé inhabituellement nord qui soumet les équipages de One Planet One Ocean & Pharmaton et We Are Water à une route au près serré en attendant que le vent veuille bien se montrer plus complaisant en adonnant.

La bonne fortune du pot

En rasant la pointe est du Brésil, l’équipage de Renault Captur est peut-être en passe de réussir un passage du Pot au noir d’exception. Tous les indicateurs sont au vert pour une traversée de la Zone de Convergence Intertropicale express. En revanche, pour Spirit of Hungary, c’est le coup de frein à l’approche d’une zone de transition avant de toucher les alizés. Pour passer le temps, Conrad Colman a renoué avec ses souvenirs d’enfance quand il naviguait sur le bateau familial en jetant une bouteille à la mer, espérant qu’un jour un correspondant d’un pays improbable répondra à son message, comme ce fut le cas dans ses tendres années. Quête de victoire ou bouteilles à la mer ce sont toujours les mêmes rêves d’enfance qui poussent ces marins à faire le tour du monde pour partir d’un point et y revenir.

PFB