Guillermo Altadill, José Muñoz, verbatim

Guillermo Altadill aime ces petits mots que l’on écrit sur le clavier quand le bateau file grand train dans le Sud. Des détails de la vie à bord, des réflexions sur le pourquoi de la course au large, des anecdotes… Malheureusement, à compter du 5 mars, Neutrogena a endommagé ses antennes dans un empannage particulièrement violent privant du même coup les Internautes des petits messages du bord.

News MARS 30, 2015 11:04

 Guillermo Altadill – 29/12/2014 Conférence de presse officielle

Je suis né à Barcelone et c’est ici que j’ai appris à naviguer. Avec une telle course qui part et revient à la maison, j’ai l’obligation d’y être, de finir et de faire de mon mieux.

Guillermo Altadill – 2/1/2015 Détroit de Gibraltar

A l’approche du détroit, le trafic maritime rajoute du stress à bord. Hier, nous sommes passés à cinq mètres d’un super cargo. Il a fait une fausse manœuvre, il s’est excusé par la suite. J’ai dû éviter le pire.

Guillermo Altadill – 4/1/2015 A l’entrée de l’Atlantique

Si on doit souffrir autant que ce soit depuis le début. Ça ne sert à rien d’embarquer des vivres frais pour en être privé ensuite pendant deux mois et demi.

Guillermo Altadill – 15/1/2015 A propos de l’abandon d’Hugo Boss

Quand un ami vous quitte, c’est toujours un déchirement. Alex et Pepe étaient nos adversaires, on s’est battu contre eux, mais on aurait voulu que ça continue jusqu’à la ligne d’arrivée. Quand un concurrent abandonne, ça veut aussi dire qu’il y aura un équipage de moins qui pourra nous venir en aide si besoin.

Guillermo Altadill – 20/1/2015 A l’orée des 40e

La bateau avance très vite dans ces mers du Sud, - parfois plus vite qu’on ne voudrait – et les nuits sont noires. On peut juste se raccrocher, pendant que les vagues s’écrasent sur le pont de Neutrogena, aux chiffres électroniques qui changent toutes les secondes devant vos yeux. Ces yeux que vous ne pouvez pas ouvrir quand vous prenez une vague en pleine figure, souvent plus forte que la précédente, après un surf dont vous savez quand il commence mais jamais quant il se termine. A la moindre erreur, cela finit en catastrophe. Il n’y a pas de place à l’erreur, c’est comme conduire à 130km/h à l’aveugle sur une route étroite et sans barrières de sécurité…

Guillermo Altadill – 22/1/2015 Après avoir découvert une boite d’allumettes

J’imagine comme ce serait bon de s’asseoir auprès du feu, à regarder les flammes en écoutant les craquements du bois. C’est alors que je commence à griller les allumettes une par une pour sentir l’odeur du bois. Je les garde dans mes mains trempées et je les fait bruler par paire, par groupe de trois, je ne sens même pas la flamme me bruler les doigts. L’odeur me rappelle celle de la cheminée. On a une faible variété de parfums sur Neutrogena : le froid, le sel, l’eau de mer. Et je ne suis pas certain de la nature des odeurs à l’intérieur du bateau.

Je suis là comme hypnotisé par une sensation aussi simple, inhalant l’odeur du feu jusqu’à ce qu’une vague projette le bateau à plus de 26 nœuds… Neutrogena se plante dans la vague et dès lors tout change : je traverse le cockpit en glissant, les allumettes volent et s’éparpillent et passent à l’eau par le tableau arrière. J’essaye d’en sauver quelques unes, mais je peux rien faire pour elles. Le jeu est terminé, je n’ai plus d’allumettes et je vais devoir attendre deux mois avant de retrouver l’odeur de la cheminée. Il ne me reste plus qu’à reprendre la barre.

 Guillermo Altadill – 31/1/2015 A l’approche d’un cyclone tropical

L’objectif, c’est de passer de l’autre côté de cette dépression en un seul morceau, nous et le bateau. On passe en mode survie.

Guillermo Altadill – 11/2/2015 Annonçant l’arrêt en Nouvelle-Zélande

Ces derniers jours, le moteur qui est couplé à l’alternateur pour recharger les batteries ne fonctionnait pas bien. On a essayé de mettre en charge les batteries ce matin et rien ne marchait. C’est ce qui arrive dans un marathon comme cette course, cela fait partie des choses auxquelles tu dois faire face.

Guillermo Altadill – 14/2/2015 De retour en course

On ne va pas se mettre martel en tête. On ne veut pas regarder les positions des autres. On sait que Cheminées Poujoulat est loin devant. Les autres étaient à 1200 milles derrière et il se peut qu’ils passent devant nous, on ne sait pas et on ne veut pas le savoir. Pour les semaines à venir, je ne vais pas rentrer les positions des autres. On va se concentrer sur notre course.

Guillermo Altadill – 19/2/2015 Au milieu du Pacifique

On reçoit des messages de la famille et l’équipe nous envoie un résumé de ce qui se passe dans le monde : politique, société, sport… Ici, notre monde se borne aux voiles, aux compteurs des répétiteurs, aux changements de vent, à la météo… Ça ne s’arrête jamais, on n’a pas le temps de réaliser qu’on est déconnecté de ce qui se passe dans le monde.

José Muñoz – 23/2/2015 Dans les eaux territoriales chiliennes

On est en pleine mer, tout près de mon pays, ça me rend heureux. On attend de passer le fameux cap Horn, le plus au sud, le plus inhospitalier des passages, c’est quelque chose de mythique. Tu pourras le passer autant de fois que tu veux. J’ai déjà essayé plusieurs fois de le doubler sans succès du fait des conditions météo.

José Muñoz – 27/2/2015 A l’approche du cap Horn

On a un autre équipage qui n’est pas loin derrière. On essaye de pousser Neutrogena à 100% et le bateau souffre un peu.

José Muñoz – 28/2/2015 Cap Horn

Felipe Cubillos m’a aidé, encouragé à aller au bout de mon rêve de devenir le premier coureur au large chilien et le seul Sud-Américain engagé dans la Barcelona World Race. C’est une grosse responsabilité et une vraie motivation pour inciter plus de mes compatriotes à faire de la course au large.

Guillermo Altadill – 28/2/2015 Cap Horn

Le cap Horn, c’est un pan d’histoire de la course au large, mais on ne l’a pas vraiment célébré à bord. On avait un paquet de toile, on a dû empanner plusieurs fois dans la nuit dans une mer forte. On en a fait un involontairement quand une vague a projeté le bateau.

Guillermo Altadill – 24/3/2015 Annonçant des soucis de communication

On doit continuer sans pouvoir télécharger de fichier météo ou connaître la position des autres bateaux. C’est frustrant, mais on n’a pas le choix. On essaye d’économiser l’énergie du bord et on se concentre sur le fait de faire naviguer Neutrogena à 100%.