Cheminées Poujoulat, histoire d’un tour du monde (presque) sans histoire

En bouclant leur tour du monde en un peu plus de 84 jours, Bernard Stamm et Jean Le Cam établissent un nouveau temps de référence sur la Barcelona World Race. Pour autant, ce tour du monde aura été riche en péripétie, même si le suspense est retombé avec l’escale technique de Neutrogena en Nouvelle-Zélande, reléguant les poursuivants du leader à plus de mille milles. Temps forts d’un tour du monde maîtrisé de bout en bout.

News MARS 25, 2015 13:35

Méditerranée, ne pas se laisser piéger

Sortie expresse de Méditerranée pour toute la flotte. Les concurrents bénéficient tous de conditions favorables pour rallier le détroit de Gibraltar que le leader Hugo Boss franchit avec quelques heures d’avance sur Neutrogena‏, Cheminées Poujoulat et GAES Centros Auditivos. Derrière ce quatuor, le vent mollit et les poursuivants se font plus ou moins piéger en mer d’Alboran. C’est une première rupture au sein de la flotte de la Barcelona World Race.

Le dilemme canarien

La descente de l’Atlantique nord n’apporte pas de gros changement. Il s’agit de gagner dans l’ouest pour se présenter devant le Pot au noir aux abords du 27°W. Problème, une masse anticyclonique bloque la route vers l’ouest. Après une première tentative soldée par un échec, Cheminées Poujoulat rentre dans le rang. Toute la flotte traverse l’archipel des Canaries à l’exception d’Hugo Boss qui a choisi de passer entre les îles et les côtes d’Afrique.

Premier bouleversement en Atlantique Sud

Jusque dans l’hémisphère sud, la situation reste plus ou moins figée. En tête, Hugo Boss contient les attaques de ses trois poursuivants Neutrogena, GAES Centros Auditivos et Cheminées Poujoulat, mais sans créer d’écart irrémédiable.

Mais le 15 janvier, Alex Thomson et Pepe Ribes démâtent au large de Salvador de Bahia  laissant le champ libre au trio lancé à sa poursuite. S’en suit une véritable bagarre stratégique en Atlantique Sud dont GAES Centros Auditivos est la première victime. Dans les zones de transition au large de l’anticyclone de Sainte-Hélène, l’expérience de Jean et Bernard est un atout sérieux. Leaders dès le 17 janvier, les deux hommes excellent à placer le curseur au plus haut niveau quand la situation l’exige. Résultat des courses, à la hauteur du cap de Bonne Espérance, Cheminées Poujoulat possède une dizaine d’heures d’avance sur Neutrogena qui a lui-même creusé le trou sur GAES Centros Auditivos.

Dépression tropicale indienne

Malgré des soucis de girouette, un début d’arrachement du rail de mât de grand-voile, des soucis de hook de génois et de solent, Bernard Stamm et Jean Le Cam continuent de creuser l’écart. Leur expérience des tours du monde précédents fait merveille et ils possèdent plus de 300 milles d’avance quand une dépression tropicale vient leur barrer le chemin. Dans ses abords immédiats, ce sont des vents de plus de soixante nœuds et une mer démontée qui sont annoncés. Le leader de la course prend une décision inédite : il décide de ralentir volontairement pour laisser passer le phénomène dangereux avant de reprendre sa route vers l’est. Sous grand-voile seule à trois ris, Bernard Stamm et Jean Le Cam voient leur concurrent immédiat réduire l’écart de manière significative. Mais la sécurité prime.

L’escale néo-zélandaise de Neutrogena

Mais le vrai tournant de la course a lieu quelques jours plus tard quand, le 11 février, Neutrogena décide de se dérouter vers la Nouvelle-Zélande pour une escale technique. Dès lors, Cheminées Poujoulat aborde le Pacifique avec la garantie de disposer d’ici quelques jours d’un matelas de plus de 1000 milles sur ses adversaires. Dès lors, Bernard Stamm et Jean Le Cam vont pouvoir gérer leur course : veiller à ne pas changer fondamentalement de rythme, rester concentré, tels sont les leitmotivs des deux navigateurs.

Le cap Horn sans encombre

Le 25 février, Cheminées Poujoulat double le cap Horn. Commence alors une remontée de l’Atlantique Sud express. Le duo négocie remarquablement une cellule anticyclonique qui menace de lui barrer la route, en allant chercher les alizés sur une position très à l’est. Ce faisant, le tandem établit un nouveau temps de référence, toutes courses IMOCA confondues, entre le cap Horn et l’équateur… et construit d’évidence les bases pour un nouveau record sur l’épreuve.

Atlantique Nord monotone

Le passage du Pot au noir est de nouveau plutôt facile. Il ne reste plus que les quinze derniers jours de course à négocier. Quinze jours qui se feront, pour l’essentiel, aux allures de près contre l’alizé de nord-est. Seule une petite dépression sur le golfe de Cadix pimentera le jeu en permettant au tandem de Cheminées Poujoulat de finir ses derniers milles atlantiques aux allures portantes, mais dans des conditions très instables : orages et rafales puissantes sont au menu. Ne reste plus que la Méditerranée à avaler. Ce devrait être chose faite ce soir au terme d’un peu plus de 84 jours de course… grosso modo, le temps qu’avait mis Michel Desjoyeaux lors de son Vendée Globe victorieux en 2009 à la barre de ce même bateau.