Cheminées Poujoulat en approche du cap Horn

Sa réputation passe les générations et son surnom de « cap Dur » n’est pas usurpé. Il vient se poser là, impétueux cerbère de la sortie des mers du Sud, quand les concurrents ont déjà couvert plus de la moitié d’un tour du monde, plus de 19300 milles pour Cheminées Poujoulat. Bateau et marins accusent une fatigue légitime. Bernard Stamm et Jean Le Cam doivent le doubler cette nuit (23h15 TU), écrire une nouvelle page au chapitre de leur propre histoire avec le Horn qu’ils ont déjà doublé à quatre reprises chacun. 

News FÉVR. 24, 2015 17:38

Pendant des siècles, le passage du cap Horn s’est avéré crucial pour les bateaux de commerce entre l’Europe et l’Asie. Les dangers des violentes dépressions qui s’y engouffrent par le passage de Drake, de ses eaux houleuses voire de ses vagues scélérates et de ses glaces, ont construit sa réputation de cimetière marin, de cap redouté. La légende raconte qu’en 1788, le HMS Bounty du capitaine William Bligh couvrit juste 85 milles en 31 jours dans sa tentative de contourner le cap Horn, d’est en ouest, contre les vents dominants. Ce doit être le temps mis par Cheminées Poujoulat pour doubler les trois caps symboliques du tour du monde, depuis le cap de Bonne-Espérance qui ouvrait les portes du grand Sud.

Changement d’atmosphère

Les cargos empruntent désormais le canal de Panama pour leur activité marchande, mais le cap Horn, falaise haute de 425 mètres sur une île de 6 km de long et de 2 km de large, continue de voir passer des bateaux de pêche locaux et des bateaux qui veulent se mesurer au combat de son franchissement. L’histoire des courses autour du monde raconte des faits plus ou moins dramatiques à ses abords. En janvier 2009, Jean Le Cam avait été secouru par Vincent Riou après le naufrage de son bateau, à 200 milles de là. Sur l’Around Alone 2002, l’ancien BOC Challenge, course autour du monde en solitaire et avec escales, Bernard Stamm se souvient l’avoir franchi la quille de son bateau fissurée.

Le cap Horn se mérite. Y arriver, le dépasser. Avant la délivrance. Les 40es Rugissantes accompagnent alors encore les concurrents un moment, mais l’ouverture vers le nord et l’Atlantique promet déjà de changer d’atmosphère, plus chaleureuse, pas toujours plus heureuse. Pour Cheminées Poujoulat, après 55 jours de mer dont 39 jours ininterrompus aux commandes de la Barcelona World Race, le passage du cap Horn cette nuit (TU) constituera un moment clé de la course. Avec toujours trois jours d’avance sur les temps estimés de passage de Neutrogena et de GAES Centros Auditivos, Bernard Stamm et Jean Le Cam disposent d’une marge certaine avant la remontée vers l’hémisphère nord.

Approcher la légende

Leurs deux principaux poursuivants bataillent toujours dans des conditions ventées mais dans une mer ordonnée. Les distances parcourues ces derniers jours, autour des 400 milles, en attestent. A bord de We are Water, Bruno et Willy Garcia, empêtrés dans une bulle anticyclonique, rêvent d’approcher la légende, 3000 milles devant leur étrave. "Quelque chose a heurté le safran, on a réparé avec de la stratification et nous avons eu un problème avec une voile. Maintenant, le bateau va bien pour attaquer vers le cap Horn", a raconté ce matin Willy Garcia. Il en est sans doute de même pour leurs compatriotes espagnols Aleix Gelabert et Didac Costa, qui à bord de One Planet, One Ocean& Pharmaton voient fondre sur eux Renault Captur (100 milles gagnés depuis hier). "Renault Captur se comporte très bien avec son nouveau safran, ça file droit. Notre objectif est de reprendre notre place de quatrième. La route est encore longue, ça devrait le faire", ont écrit aujourd'hui Jörg Riechers et Sébastien Audigane.Quant à Spirit of Hungary, ilapproche de Bluff (attendu à 19h30 TU). Nandor Fa et Conrad Colman y procéderont aux réparations de leur chariot de têtière de grand-voile mais également de leur quille. Un arrêt technique vécu comme une opportunité pour garder toutes leurs chances de passer le cap Horn avant de finir le tour du monde.