Anna Corbella, Gerard Marin : morceaux choisis

Arrivés à la tombée du jour à Barcelone, Anna Corbella et Gerard Marin ont eu droit à un accueil somptueux. De retour chez eux, les deux navigateurs se sont livrés sans tricher : leurs joies, leurs difficultés, leurs erreurs par manque d'expérience, mais aussi leur fierté de s'être battus jusqu'au bout pour ce podium qui leur tendait les bras...

News AVR. 1, 2015 23:23

Le sentiment général

Anna : parfois ça a pu paraître long, mais là maintenant j’ai l’impression que l’on est parti hier. C’est une sensation bizarre. En réalité lors du final en Méditerranée nous avons dû nous battre de même que lors de la remontée de l’Atlantique. Là, ça paraît long.

 Gerard : quand Anna s’est blessée, c’était en Atlantique, les manœuvres étaient gérables. Mais ici en Méditerranée, avec les vents variables et les nombreuses manœuvres que ça demande, j’étais vraiment épuisé.

 

Les progrès par rapport à l’édition 2010-2011

Anna : je pense que pour nous deux, quand nous avons bouclé notre premier tour, nous savions qu’il y avait une possibilité d’être au départ de celle-ci. On a beaucoup travaillé pour. On est allé naviguer sur d’autres classes tous les deux, on a fait des courses transatlantiques. C’est le résultat de notre travail. On s’est vraiment préparé sérieusement.

Gerard : De toute évidence, nous disposions cette fois-ci d’un bon bateau. Malgré tout, quand tu finis ta course, tu te dois d’analyser comment ça s’est passé. On a fait quelques erreurs majeures, pas beaucoup, mais elles étaient déterminantes. Par exemple, au cap de Bonne-Espérance, on a rencontré une dépression tropicale… On était dans le groupe de tête, environ 100 milles derrière et on en a perdu 300 à 400. Quatre jours plus tard, on se retrouvait dans des hautes pressions auxquelles les autres avaient échappé. Ils se sont retrouvés 1000 à 1500 milles devant. Là, c’est une vraie marche à franchir. Mais tu comprends à ce moment-là, que ce qui est fait est fait.

 

La course

Gerard : notre lièvre, c’était Neutrogena. On connaît bien Guillermo, on connaît sa capacité à faire marcher un bateau à fond. Il est très fort techniquement. On savait que dans des conditions identiques ce serait compliqué d’aller le chercher. Notre espoir était donc de garder le bateau en bon état et si il avait un problème quelconque, d’être capable de le passer. Voilà, on en était là… mais bon, on est content.

 

Le podium, une perspective ?

Anna : on l’avait envisagé

Gerard : sérieusement

Anna : mais…

Gerard : c’est compliqué

Anna : c’est peut-être un peu de superstition, mais faire un pronostic avant le départ… de toutes façons, on savait qu’il y avait des équipages meilleurs que nous, avec plus d’expérience, de bons bateaux. On savait qu’ils seraient devant. Après tout le monde a eu des soucis ou bien fait des erreurs. On a été capable d’en tirer profit et voilà, on fait un podium.

 

La première chose que vous voulez faire…

Gerard : voir ma fille et ma femme.

Anna : pareil pour moi, passer un moment avec tous ceux qui sont venus pour me voir. Ensuite manger quelque chose de consistant et prendre une douche.

 

La comparaison avec votre premier tour du monde ?

Gerard : j’ai trouvé ça plus difficile. On a eu plein de soucis techniques, on a passé notre temps à réparer, des bricoles, mais sans arrêt. Ça vient avec le rythme de la course : si tu pousses le bateau, alors les pépins arrivent. De façon évidente, on a aussi fait des erreurs qui étaient dues à notre manque d’expérience. On les a résolues, mais à la fin, la liste des s’allongeait et on se demandait : « on va arriver à terminer ou pas ? »

Anna : pour moi, la première expérience était difficile, c’était quelque chose de totalement nouveau, une découverte. Mais je ne me rappelle pas avoir eu beaucoup de soucis techniques. Là, on était là presque tous les jours en train de penser : « bon, c’est quoi le prochain ? Allez en avant la prochaine casse, on est paré… » Il y a des moments où on n’a pas cessé de réparer et c’était épuisant. Parfois tu as besoin de te reposer, mais il faut encore réparer quelque chose, au bout du compte ça te fatigue.