Une autre bouteille à la mer

Deuxième tentative pour Conrad Colman de découvrir de nouveaux amis par le hasard des flots...

Messages du large AVR. 7, 2015 09:44

Juste après avoir mis ma 1ère bouteille à la mer dans l’Atlantique Sud, j’ai reçu un message d’un inconnu, qui s’appelle Francis, qui me disait qu’il allait garder un œil sur les plages près de chez lui pour ma bouteille. Comme il vit dans une petite ville sur la côte Nord de la République Dominicaine sans nom de rue ou service postal, je me suis dit que la meilleure option était sans doute que je réessaye! Enfin comme j’avais mis la 1ère bouteille à l’eau dans l’hémisphère Sud dans un courant qui continue vers le sud avant de repartir dans le sens contraire des aiguilles d’une montre jusqu’à l’Afrique, je n’étais pas très optimiste sur ses chances.

Comme j’avais beaucoup apprécié le message de Francis et qu’il me restait une bouteille j’ai décidé d’augmenter ses chances en lui envoyant une lettre directement. Je l’ai lâchée dans l’eau exactement à 12° 18’ Nord et 32° 51’ Ouest et elle devrait être portée d’abord vers l’Ouest puis vers le Nord dans le fameux courant du gulf stream qui pompe sa chaleur sur les côtes américaines avant de refaire «route» vers l’Europe. Sur les côtés de ce courant il y a pas mal de tourbillons et petits contre-courants donc je peux seulement espérer que la bouteille s’échappera pour arriver dans la mer des Caraïbes et ensuite jusqu’en République Dominicaine! Du coup maintenant Francis, vous avez une chance de trouver le message quand vous promènerez votre chien à la plage, je croise les doigts!

A bord tout va bien même on subit toujours les attaques nocturnes des poissons volants, du coup, régler les voiles est devenu une mission un peu dangereuse! Je pense qu’ils sont vraiment attirés par ma lampe frontale parce que dès que j’ose lever la tête pour vérifier l’angle de la voile d’avant je vois les reflets bleu-gris de ces petits missiles passer juste à côté de moi. S’ils sont vraiment attirés par la lumière, ils vont s’épuiser parce que la pleine lune est juste sublime. Dans une course si longue, on a vu un bon nombre de cycles lunaires mais malgré la familiarité, c’est impossible de rester insensible à la beauté d’une nuit à filer sur une mer argentée, sous la pleine lune, un régal. C’est le souvenir de ces nuits magnifiques que je garderais quand tout le travail, le stress et l’anxiété de la course s’effaceront, quelques mois après notre éventuelle (!) arrivée à Barcelone!