« Nous sommes encore en course »

Jörg Riechers et Sébastien Audigane se déroutent à 9 nœuds vers Wellington, capitale de la Nouvelle-Zélande située à l’extrémité sud de l’île du Nord. L’équipage de Renault Captur estime pouvoir couvrir d’ici samedi les quelque 500 milles qui les séparaient ce matin de la ville côtière. Et espère repartir, lundi, une fois leur safran réparé, en chasse du meilleur classement possible. Des positions dont Guillermo Altadill dit ne plus se soucier.

Messages du large FÉVR. 19, 2015 13:48

Sébastien Audigane (Renault Captur) : « On fait route vers Wellington que nous pensons atteindre dans une cinquantaine d’heures. Nous préparons la réparation du safran et on va en profiter pour réparer quelques petits trucs. Nous sommes encore en course. Tout à l’heure, quand on a envoyé la voile, on l’a envoyée comme on le fait en course, on est toujours à fond. On est à fond pour aller le plus vite possible à Wellington, qui n’est pas vraiment sur la route de Barcelone, on sera à fond vers Barcelone quand on aura réparé.

Le safran a été sécurisé l’autre jour en mettant une chaussette, une espèce de peau qui permet de récupérer un profil et ce qui ne va pas, c’est que ce profil est trop épais. Quant à la quille, on a eu un problème de moteur au moment du demi-tour mais depuis c’est résolu. Nous espérons régler cela en 48 heures, pour pouvoir repartir lundi matin ou dans la journée. Nous avons envie de rattraper nos copains, même si nous ne pourrons pas rattraper tout le monde. Nous visons la cinquième place et si les conditions sont bonnes, pourquoi ne pas se rapprocher des deux frangins (Bruno et Willy Garcia, sur We are Water, Ndlr)?

Depuis que l’on s’est rendu compte que c’était un peu chaud, nous étions partagés. Nous n’avions pas envie de faire demi-tour et en même temps, nous ne voulions pas faire les cons avec un bateau qui devient fou. On ne savait pas trop que faire, nous étions vraiment partagés. La première nuit de réparation du safran, on a navigué au reaching à 100° puis 120° du vent, et le safran faisait son travail même s’il tirait beaucoup sur le pilote. Le lendemain, quand le vent a adonné à l’ouest puis au sud-ouest, qu’il a fallu faire du VMG, de la descente, ça ne le faisait pas. On s’est dit que ça irait mieux sur le bord tribord, qu’on allait attendre d’empanner, ce qu’on a fait. Quand le vent est monté à 30-35 nœuds avec la mer qui s’est formée, c’est devenu un enfer. C’est là qu’on s’est dit : «  on arrête, il faut qu’on aille à terre, réparer le safran. »

Jorg Riechers (Renault Captur): « Le bateau va bien, nous avons de bonnes conditions et le safran ne pose aucun problème. Le vent a molli, 9 nœuds et nous progressons à 6-7 nœuds, ce va être une longue route jusqu’à Wellington. C’est l’endroit le plus rapide où aller et nous y trouverons les meilleures facilités pour réparer et des bons chantiers. »

Maintenant, c’est une course contre le temps et il nous faut sauver ce qui peut l’être, mais cela constitue un nouveau challenge. Boucler une course autour du monde est un objectif en soi. Si nous parvenons à réparer dans une fourchette de 24 à 30 heures, nous avons encore une chance de reprendre notre quatrième place et nous en serions très heureux. Et si nous repartons de Wellington lundi matin à 8h, heure française, nous avons une chance de rester cinquième. C’est notre nouvel objectif, notre seule motivation à rester dans la course. Sinon, vous êtes en croisière et ce n’est pas notre intention. »

Guillermo Altadill (Neutrogena):

«  Quand nous avons dû nous dérouter vers la Nouvelle-Zélande pour réparer le générateur, c’était dur de revenir et de voir que nous avions perdu autant de milles, surtout que ce n’était pas si simple de revenir puisque nous avions un anticyclone sur notre route. C’est pourquoi nous ne voulons pas nous préoccuper du reste de la flotte. Nous ne regardons pas les classements, je ne regarde pas où les autres sont. J’en ai une certaine idée. Je sais que Renault Captur est sorti de la course pour le moment afin de réparer leur safran mais nous ne nous soucions pas des autres bateaux, pas de contrôle des positions. Nous sommes concentrés sur notre vitesse et tentons de faire de notre mieux avec le vent et la course.

Il semble que le vent va être plus léger les prochaines heures et alors, nous aurons des empannages près de la zone d’exclusion. Ensuite, il tournera nord, léger puis un flux d’ouest encore. Ces derniers jours, nous avons dû empanner avec ces vents d’ouest et il semble, qu’à l’exception des prochaines heures, ce seront toujours des vents d’ouest. Nous suivons les grains de la nuit dernière, nous avons empanné sous les grains pour attraper le meilleur vent et dans les prochains jours, ce sera le même scénario, et toujours proche de la zone d’exclusion. En ce moment, celle-ci est plus nord et c’est pourquoi nous sommes si proches et que nous empannons, ensuite elle reviendra plus en ligne droite et ce sera plus facile, mais en ce moment, elle remonte nord pour quelques heures.

Cela a été difficile de le retrouver. Pendant 24 heures, les vents étaient légers et vous continuez à perdre des milles. C’est dur ; vous étiez quelques heures derrière le premier bateau et trois jours devant les prochains et quand vous revenez en course, le leader est trois jours devant. C’est pourquoi je dis : « ne nous soucions pas de cela », le plus dur est d’arrêter de faire la course. »