Le tourbillon de la vie de marin

La terrible dépression tropicale, il y a ceux qui l’ont approchée de près (Cheminées Poujoulat), ceux qui ont flirté avec ses effets (Neutrogena) et ceux qui ont relativisé, pensant très fort aux petits camarades pris dans le tourbillon (GAES Centros Auditivos). Mais la course reprend déjà ses droits.

Messages du large FÉVR. 4, 2015 14:44

Jean Le Cam (Cheminée Poujoulat) :

« Tout va bien, on a paré le plus pressant et on ne va pas forcément vers du beau temps, mais des conditions plus stables. La mer va devenir plus agréable qu’elle ne l’était. Ces dernières 24 heures, on a traîné car la dépression était devant nous. Là, on a remis un peu de charbon. C’est bizarre, à un moment tu te bats pour aller vite et puis tout d’un coup, tu te dis qu’il faut attendre, c’est une situation assez bizarre…

On avait déjà vécu de telles conditions mais personnellement, devoir freiner pour laisser passer l’événement, ça ne m’était jamais arrivé en course. La décision s’imposait d’elle-même. Quand on a vu les vents de 61 nœuds au fichier, on a dit : on n’y va pas. Puis, quand le vent commence à se calmer, tu renvoies un ris, après tu remets le J2 et puis petit à petit, tu reviens dans des conditions normales.»

 Bernard Stamm  (Cheminées Poujoulat) : « La mer devient plus agréable. Ce matin, elle venait de travers et était très difficile ; maintenant, elle revient doucement par l’arrière. Le ciel est nuageux avec des coins de ciel bleu. Nous sommes heureux de trouver de meilleures conditions. Nous avons eu 45 nœuds de vent, une mer croisée avec des creux importants. Nous avions déjà affronté de très mauvaises conditions dans le passé. Mais c’est la première fois que le timing était tellement mauvais que nous avons dû couper notre vitesse. Maintenant la dépression est passée, nous naviguons au sud et il n’y a plus de danger.  »

Guillermo Altadill (Neutrogena) : « Nous pouvions voir la dépression se former à l’ouest de l’Australie deux ou trois jours auparavant. Il fallait ralentir parce que le bateau était sur sa route, avec une mer formée et de forts vents. Finalement, nous avons eu au maximum jusqu’à 35 nœuds et les vagues n’étaient pas si importantes. Mais nous restions en alerte, nous étions assez conservateurs dans le sens où Cheminées Poujoulat, devant à 180 milles, aurait de pires conditions. Nous étions derrière, à attendre, et à pousser un peu pour combler l’écart. Quand vous avez ces conditions météo, vous devenez plus anxieux, parce que vous devez faire attention au bateau et vous protéger également. Vous devez constamment vous préoccuper de savoir où le bateau doit être par rapport à la dépression, jusqu’où vous pouvez pousser le bateau, si vous devez ralentir ou pas etc.  Cheminées Poujoulat revient en mode course et je ne crois pas que nous allons pouvoir gagner plus de milles pour l’instant. Nous allons être dans les mêmes conditions dans les deux ou trois prochains jours et nos vitesses sont proches. »

Anna Corbella et Gerard Marin(GAES Centros Auditivos)  par message : « Enfin ! Nous ne pouvons le coire mais GAES Centros Auditivos  refait du bruit : il craque, siffle, grince et nous sommes heureux car cela veut dire que nous allons vite. Il était temps que ce fichu anticyclone nous laisse partir !

Mais il ne faut peut être pas se plaindre de trop quand Cheminées Poujoulat et Neutrogena ont remporté la loterie. En ce moment, ils doivent subir des vents et des vagues de sérieuses dimensions, et pour ce que l’on en a vu, nous préférons le billet des calmes que celui du cyclone dans les 40es Rugissants. Au moins, notre bateau se sent comme s’il sortait du chantier après quelques jours de soins intensifs, et nous nous sentons comme lui, bien reposé, repu et même propre ! Oui, oui, dans l’un des moments de pétole avec le soleil tapant, nous avons pris une douche avec de l’eau de mer à 15°C, vous ne pouvez en demander plus par ici. Suffisant pour se sentir sortant d’un spa. La météo est relativement bonne pour les prochains jours, 25 nœuds au portant, 35 nœuds par moments pour voler vers le cap Leeuwin qui est déjà à moins de 2000 milles. »