« Le Horn, un passage un peu spécial »

Bernard Stamm et Jean Le Cam, joints ce matin à 10h TU, progressaient à 200 milles du cap Horn, dans des vents de 25 à 30 nœuds. Des histoires de cap-horniers, les deux marins de Cheminées Poujoulat, cinq tours du monde à eux deux, n’en manquent pas, des agréables comme des douloureuses. A quelques heures de doubler « le cap Dur », ils conjuguent leur voix pour livrer leurs impressions.

Messages du large FÉVR. 24, 2015 14:50

Conditions à l’approche du cap Horn et prévisions au passage

Bernard Stamm : « On a 25-30 nœuds de vents d’WSW, on a l’impression d’avoir le temps qu’il fait toujours ici. »

Jean Le Cam:

« On va avoir entre 25 et 30 nœuds de vent. Quant à la mer, on verra… Il y a un peu de houle là. Mais ça fait un moment qu’on côtoie ce genre de conditions et comme l’homme s’habitue à tout…

Ce que représente la cap Horn, sa réputation

Bernard Stamm : « C’est le premier obstacle depuis le Cap Vert. Il représente une porte de sortie des mers du Sud, même si après le cap Horn, nous sommes encore dans les mers du sud un moment. »

Jean Le Cam : « On a reçu un mail des MRCC, de la marine chilienne, qui nous disait : « Bienvenue au cap Horn, nous serons là en cas de problème, vous devez savoir que c’est l’endroit le plus dangereux au monde ! » Voilà, il y a la grosse houle du Pacifique, il peut y avoir un renforcement du vent avec un effet de côtes et puis, il y a la remontée du plateau continental, donc forcément… Tout dépend dans quelles conditions tu passes le Horn. Et avant, il y avait beaucoup de bateaux qui s’y cassaient les dents parce qu’ils ne remontaient pas bien au vent. Pour les bateaux marchands, c’était le jackpot pour pouvoir aller en Inde, dans les pays asiatiques, en coupant le fromage par le Horn, c’était un bon raccourci. Maintenant, ils ont le canal le Panama. Enfin, de ce que j’en sais.»

 

Souvenirs du cap Horn

Bernard Stamm : « Moi la première fois que je suis venu là, j’ai cassé ma quille juste devant le cap Horn. Donc ce n’est pas un très bon souvenir. Par contre, j’avais un de mes préparateurs qui faisait une balade juste devant le cap Horn. J’étais dans mes ennuis techniques, il m’a ramené le drapeau chilien qui flottait au cap Horn, c’était sympa. Ensuite, j’ai toujours passé le cap Horn avec un temps comme ça, 30 nœuds, plein de nuages. Il n’a jamais fait beau, mais jamais très mauvais.

Jean Le Cam : « Celui-là (naufrage sur le Vendée Globe en janvier 2009) n’était pas terrible comme souvenir. C’était quasiment là où on est maintenant, à 200 milles du cap Horn, un peu plus au sud parce que là nous arrivons plus par le nord, et les conditions sont quasi similaires, il y avait peut être moins de vent. Il y a deux ans, c’était avec Synerciel, pas mal, pas mal… dans des conditions ma fois assez agréables. En 1981, avec Euromarché, c’était grand spi et temps médium, voilà.

 

Le cap de la délivrance, de la fin des mers du Sud ?

Bernard Stamm : «  Là, on va quitter les 40e dans cinq ou six jours. On a encore une bonne tranche des mers du Sud derrière le cap Horn. C’est vrai que nous avons désormais le loisir de remonter au nord, ce qu’on ne pouvait faire avant, mais on est clairement dans le Sud encore quelques jours. »

 

Après un mois dans les mers du sud

Bernard Stamm : « Les gars sont un peu fatigués, mais ça se passe plutôt bien. On a réussi à trouver un moment dans le pacifique Sud pour régler les problèmes qui nous contraignaient vraiment.  On n’a pas réussi à tout régler. Mais on a pu avancer. Nous faisons attention au bateau tout le temps, à l’usure pour minimiser les chances de casse… enfin les malchances de casse. »

La tentation d’un arrêt technique ?

Jean Le Cam : « En fait, non parce que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Il y a une pénalité de 24 heures, plus le détour, plus le bazar, et ce n’est pas forcément nécessaire. Et Bernard et moi, on arrive à se dépatouiller de tous les trucs qui ne marchent pas au quotidien. Comme on ne peut pas appeler l’électricien, le plombier… hé ben, on fait tout nous-mêmes. Et puis Bernard, il monte très bien au mât, c’est parfait. »

Une célébration au passage du cap Horn

Bernard Stamm : « Nous le fêterons un peu comme on a fêté le nouvel An. Mais on ne va pas arrêter de faire fonctionner le bateau, c’est là qu’on a le plus de boulot. On va être content de le doubler, on va sûrement se raconter une ou deux histoires. Mais on va continuer notre bonhomme de chemin. »