La Méditerranée, comme un cadeau de Noël

Spirit of Hungary en Méditerranée, Nandor Fa et Conrad Colman profitent des dernières heures de mer... La transition entre Atlantique et Grande Bleue n'a pas été la plus simple comme en témoigne le blog de Conrad Colman. Arrivée possible des deux comparses : dans la nuit de lundi à mardi.

Messages du large AVR. 18, 2015 14:52

On attaque enfin la dernière partie du voyage. De retour en mer d’Alboran, dans la partie Ouest de la Méditerranée, nous avons à nouveau des vents légers et une progression lente mais cette fois on ne râle pas trop, on est trop heureux d’être ici! Enfin pour arriver jusque là c’était une sacrée aventure.

A l’approche du détroit de Gibraltar, nous nous sommes régalés avec des conditions idéales pour naviguer: grand spi, soleil et mer plate. On était tous les 2 vraiment excités de passer ce «dernier» obstacle et Nandor a même comparé ça au matin de Noël. Pour rester dans l’analogie de Noël, la tâche s’annonçait ardue, c’était comme aller dans la forêt pour trouver le plus beau sapin, le couper avec une lime et le ramener à la maison à travers la neige avec des loups sur nos talons! A la tombée de la nuit nous étions entourés de cargos aussi gros que des immeubles et allant si vite que l’on aurait pu faire du ski nautique derrière eux. Alors que l’on empannait pour éviter l’un d’entre eux on s’est retrouvé au milieu de dizaines de lumières qui s’affolaient dans tous les sens.

On s’est vite rendu compte que ces petites lumières balisaient des filets de pêche mais on est arrivé par la seule «entrée» et on s’est retrouvé complètement pris au piège. On a évité une première ligne de filet par un mètre puis une autre avec un peu de chance et finalement on a fini par s’arrêter. Le petit bateau de pêche associé à ce filet est vite arrivé sur nous avec: 4 hommes à bord, des lumières faites de bâtons en bamboo avec une lampe au bout et des bouteilles de lait comme abat jour et un tout petit moteur hors bord. On a vite compris qu’ils n’étaient pas très heureux du gros morceau qu’ils venaient de récupérer dans leur filet! Après quelques coups de couteaux dans leur filet nous étions finalement libres et avec quelques instructions pour repartir en évitant les autres filets «todo recto, todo recto» (tout droit, tout droit). Évidement quelques mètres plus loin nous nous sommes  empêtrés dans les filets de leurs voisins!

Encore une fois nous avons essayé de nous libérer mais avec une quille de 4,5 mètres et 2 safrans il y avait trop de choses sur lesquelles les mailles fines du filet pouvaient s’accrocher. Nous avons baissé les voiles et ils ont coupé le filet sur un côté du bateau avant d’aller sur l’autre. Avant d’attaquer l’autre côté ils nous ont demandé de payer pour leurs filets pour nous «libérer». ça m’a vraiment fait de la peine de leur causer autant de problèmes car je sais que c’est leur gagne-pain mais ils avaient mouillé leurs filets très au large, juste à la limite d’une des plus grosses zones de trafic maritime au monde. Malheureusement on ne part pas en course autour du monde avec du cash donc quand ils ont refusé de nous laisser partir, j’ai pris mon couteau et coupé le filet moi-même pour nous libérer.

Finalement libérés des filets, nous avons passé Tangers alors que le vent tournait du Nord-Ouest à l’Est pour se renforcer du Sud. Avec cette nouvelle brise et le courant qui nous poussait nous sommes arrivés en Méditerranée un peu plus vite que le suggéraient nos routages (pour une fois!). Au lever du soleil, avec des dauphins comme escorte, on était comme des rois même s’il fallait slalomer entre les cargos. Enfin c’était jusqu’à ce que le vent disparaisse à nouveau..