« Jean boit du café, moi de la tisane ou du thé… »

« Au sujet de la nourriture, je ne sais pas d'où vient cette réputation ou cette légende que je n'attache pas d'importance à la nourriture !!??? C'est absolument faux. J'adore bien manger, j'adore les bonnes choses, je peux cuisiner aussi. Sauf que là nous sommes en course et depuis toujours j'ai tendance à donner la priorité à la marche du bateau avant toute chose (...)

Messages du large MARS 9, 2015 20:55

Si la nourriture est compliquée à préparer je ne mange tout simplement pas. C'est pourquoi, depuis dix ans je travaille avec un nutritionniste pour qu'on puisse emmener de la nourriture adaptée à nos besoins, lors de la course, et que cette nourriture soit BONNE et variée. Et non pas n'importe quoi, comme les gens le pensent visiblement. Lors du dernier tour du monde, un traiteur suisse, Novae, a confectionné tous les plats que j'ai emmenés, conserves en sachet ou les plats lyophilisés. Si je n'attachais pas d'importance à la nourriture, jamais on ne se serait lancé dans un projet aussi compliqué.

Sacs journaliers et extras ajoutés

Dans un sac journalier, il y a des céréales pour le petit déjeuner, de la viande séchée, du fromage, des amandes, des noix et des barres de céréales pour la journée et soit une conserve en sachet, soit un plat lyophilisé pour le soir. De temps en temps il y a une boîte de sardines, de thon ou de foie de lotte. Au début de la course, il y avait des fruits, pommes, oranges et pamplemousses. J'ai mangé le dernier fruit dans l'océan Indien. Et il y a les extras que ma fille a ajoutés dans certains sachets : un paquet de cacahuètes, des bonbons, ou du chocolat. Pour les boissons, il y a de la poudre qu'on ajoute dans l'eau dessalée pour lui redonner un peu de sel et du goût. Et finalement on mange n'importe quand, quand on en a besoin ou envie. La différence entre Jean et moi, ce n'est pas qu'un mange bien et l'autre mal, c'est la façon de préparer à manger.

Pamplemousse-Perrier et jus d'oranges

Je fais réchauffer les conserves en sachet au bain-marie et Jean les réchauffe à la poêle. Jean boit du café, et moi de la tisane ou du thé. Jean met du beurre sur ses « Crisproll » et pas moi, ou que de temps en temps. Jean a plutôt de la charcuterie sous vide alors que moi j'ai de la viande séchée. Jean met de l'eau bouillante dans le sachet de lyophilisé et le mange directement dans le sachet, alors que moi, je préfère verser le contenu du sachet de lyophilisé dans une gamelle, j'y ajoute l'eau bouillante et la gamelle me sert pour manger. Voilà, il y a évidemment plein de différences, autant qu'il y a de personnes, je crois.  Quand vous allez au restaurant, c'est quand même rare que tout le monde prenne le même plat, s'il y a le choix. Le principe de nourriture est le même pour nous deux. La nourriture doit être bonne et variée, facile à préparer et ne pas peser trop lourd. Comme la nourriture est calculée pour un effort qu'on ne fait pas forcément, nous en avons souvent trop ; et là, c'est clairement le cas. Autrement, pour le plaisir, Jean avait emmené quelques petites bouteilles de vin rouge dans des bouteilles spéciales en plastique. Nous ne les avons pas touchées. Nous aimons tout les deux les bonnes choses et là, je parle pour Jean, parce qu'il ne va pas vous l'écrire. Si on devait faire apparaître quelque chose par magie à bord, maintenant, c'est forcément lié à la chaleur de l'équateur. Pour Jean, un mélange de jus de pamplemousse et de Perrier ; et pour moi un immense jus d'oranges bien frais et nous ne nous sommes pas concertés avant. Ça vient du cœur. Ce qu'il manque le plus à bord, pour moi c'est avant tout le frais. De la salade et des fruits.

Dans quelques heures au nord...

Voilà, dans quelques heures nous serons de retour dans l'hémisphère nord. Les alizés du sud sont en train de nous quitter pour laisser la place aux nuages du pot au noir ; puis on attaquera les alizés du nord, au près. Nous avons beaucoup d'avance, mais nous ne nous déconcentrons pas. Devant nous, il y a encore quelques zones de blocage potentiel et un ennui mécanique est plus vite arrivé qu'on le pense. Donc vigilance, la route est encore longue. »

Bernard, à bord de Cheminées Poujoulat