Frayeurs et frustration

Départ au lof pour Renault Captur dans la nuit, spi à la mer pour Spirit of Hungary. Comme l'exprime le benjamin de la course Conrad Colman, la course océanique est loin d'être un long fleuve tranquille. Les frères Bruno et Willy Garcia font leur route à l'ouest, avec bonheur.

Messages du large JANV. 9, 2015 13:23

Sébastien Audigane (Renault Captur) :

« Nous avons eu un petit souci cette nuit, un safran s’est relevé au changement de quart. Nous étions entrés à l’intérieur du bateau et étions en train de discuter. Quand cela arrive et que l’on navigue entre 18 à 20 nœuds, cela fait une belle frayeur ! On a perdu du temps à rouler le petit gennaker et à trouver une solution pour remettre le safran en route. Nous avons réussi, c’était un peu de bonheur dans l’histoire.

On a des soucis de safran assez régulièrement, ce qui peut poser problème. Sinon, nous avons connu des petits problèmes d’électronique. Mais rien de grave. Le bateau est en bon état, on fait attention à bien l’utiliser.

Pour l’instant, nous faisons route sur les îles et après, on verra. Nous étudions la stratégie depuis un moment déjà, avec le passage du Pot au noir.

Depuis deux jours, nous avons bien cravaché. Nous ne lâchons rien, nous sommes constamment sur les réglages et sur la météo. On va se rapprocher d’une façon ou d’autre du Pot au noir, sans prendre de risques inconsidérés, et tenter de grappiller des milles petit à petit sur les leaders.

Nous n’avons pas beaucoup dormi. Depuis deux jours, nous arrivons à faire des quarts de deux heures. Après les îles, il y aura de plus longs bords, il sera plus facile de se reposer. »

 

Bruno Garcia (We are Water) : « Nous progressons à l’arrière de la flotte car nous sommes resté encalminés en Méditerranée. Nous avons ensuite choisi de partir à l’ouest, contournant les îles Canaries par le nord malgré des alizés un peu mous. Maintenant, franchir l’archipel du Cap Vert puis le Pot au noir en arrivant par l’ouest, constitue un petit avantage pour nous. Le passage du Cap Vert reste un mauvais souvenir (en 2010, avec Jean Le Cam, ils avait abandonné la course sur démâtage au large des îles, NDLR) mais également une grande expérience. Jean l’a déjà franchi et j’espère en faire de même. Ce sera déjà un petit succès. »

 

Conrad Colman (Spirit of Hungary) : « La course océanique est un chemin semé d’embûches parfois. Le moral avait grimpé à mesure que nous hissions les voiles, et notamment notre spi. Nous faisions la course avec une vitesse dont nous pouvions être faire. Encore loin des autres, certes, mais nous avions le sentiment de revenir dans le jeu, avec les outils pour faire le job et progressant à notre manière. (…)

Imaginez notre désarroi quand tout s’est écroulé. En début de soirée, dans 18 à 20 nœuds de vent, avec Nandor à la barre et contrôlant pleinement, nous avons entendu un Bang et la voile s’est effondrée, tombant immédiatement par dessus bord. Affaler la grand voile, enfiler les vestes de survie et nous voilà partis pour récupérer les différents éléments, remontant des tonnes de matériel par dessus la ligne de vie, de la même manière que les pêcheurs ont remonté leurs filets durant des siècles. (…)

Trempés, fatigués et frustrés de notre perte, j’ai néanmoins ressenti que nous réagissions comme une équipe, comme seules les situations de crise peuvent le faire. (…) Nous disposons d’un autre spi et nous l’utiliseront au moment approprié. Mais ce genre de défaillance inattendue nous rend encore plus prudent et fait que nous serons encore plus hésitants avant de mettre le pied sur l’accélérateur. Les équipes devant nous ont connu de telles défaillances, mais à l’entraînement quand elles avaient le temps pour les résoudre et revenir prêtes. Nous allons devoir faire de même, mais ces pertes se compteront en milles au classement de la course. »