"Comme si nous naviguions à l'envers"

Depuis cinq jours, Spirit of Hungary navigue au près dans des conditions qui se sont encore détériorées. Ce nouveau chapitre délicat vient rajouter à la fatigue qui point chez Nandor Fa. A bord de Renault Captur, la concentration est tendue vers les conditions musclées qui attendent, cette nuit, Jörg Riechers et Sébastien Audigane.

Messages du large FÉVR. 6, 2015 14:16

Nandor Fa (Spirit of Hungary) : «  La vie à bord est très difficile actuellement. Nous naviguons au près depuis quatre ou cinq jours et maintenant, c’est encore plus violent. Dans la nuit, nous avons eu 30 nœuds, encore plus de vents d’est et une mer formée. Parfois, j’ai l’impression que nous naviguons dans le mauvais sens sur la planète car c’est comme si nous naviguions à l’envers. Quoiqu’il en soit, nous naviguons et bientôt, nous allons tourner pour faire route vers le sud-est. Mais pour le moment, nous continuons vers le nord en espérant que le vent change un peu plus. La vie est donc difficile sur le bateau, parce qu’il est abîmé, parce qu’il y a beaucoup de mouvements, c’est très chaotique avec beaucoup de bruits.

C’est très difficile pour l’instant de parler de stratégie parce que nous essayons d’aller vers l’est le plus possible, nous suivons le vent mais il y a une énorme zone contre nous. Peut être que dans les prochains jours, les choses s’amélioreront. Nous voulons avancer le plus en sécurité possible, le plus rapidement possible et toute notre énergie est tendue vers cela. Mais c’est bien le plus que nous puissions faire ! « 

Sébastien Audigane (Renault Captur) : « Nous sommes dans 20-25 nœuds de vent, à 125-130° du vent, on essaie d’aller vite. Nous sommes à l’avant d’un front, au nord – nord-est, qui vient vers nous avec des vents de 30-35 peut être 40 nœuds. Les conditions vont être musclées et cela devrait durer 7 ou 8 heures avant que le front ne bascule sud -  sud ouest.

Nous nous y préparons depuis hier. On a eu l’opportunité de faire un petit décalage de 30 milles au sud pour avoir un meilleur angle ensuite, c’est ce qu’on espère. Cela a bien fonctionné pour l’instant, on a repris de la distance sur GAES. Du coup, on se prépare à avoir pas mal de vent. On a tout matossé, le bateau est bien rangé. On attend la nuit. En début de soirée, on devrait prendre un ris, changer de toile. On va gérer cela au fur et à mesure.

Nous sommes un peu seuls au monde. Déjà, nous n’avons pas de concurrents à côté de nous, même si GAES n’est pas très loin. Les journées passent vite parce qu’on est très pris par le bateau. Mais quelque fois on se dit qu’on est un peu loin de la civilisation. On a quelques pensées pour la famille et les copains, mais tout ça c’est très, très lointain. C e n’est pas un réel isolement, les conditions ne sont pas dures, on s’entend bien. On est conscients qu’on est loin de la terre, mais on garde les pieds sur terre. »

 

Jörg Riechers (Renault Captur) : « GAES est un peu plus rapide que nous au portant et il n’y a rien qu’on ne puisse faire. Peut être changer le bateau mais ce n’est pas une alternative, nous sommes sur l’océan ! Nous avons effectué un petit décalage en latéral qui nous l’espérons permettra de gagner en distance d’ici un à deux jours. Nous n’allons certainement pas abandonner la lutte pour le podium, mais il n’est pas facile de les rattraper parce qu’ils sont rapides. Mais nous ferons tout pour ! De nos jours, on ne se sent plus vraiment isolé. Ce n’est pas l’époque des tours du monde de Bernard Moitessier ou Robin Knox-Johnston qui n’avaient de contact avec personne. Non, nous ne sommes pas super isolés, nous avons des téléphones, nous pouvons parler avec la famille. »