Willy Garcia : « On pourra se reposer quand la course sera partie… »

Le cas des frères Garcia, Bruno et Willy est pour le moins curieux. Tous deux affiche un CV consistant en matière de course au large, mais ils persistent à se définir comme des amateurs. Willy, le benjamin, est joaillier. Un joaillier qui va passer trois mois de sa vie en mer, à faire le tour du monde à l’occasion de la Barcelona World Race, sur leur voilier We Are Water.

Interviews DÉC. 17, 2014 15:02

Ces derniers mois, lui et son frère Bruno n’ont pas arrêté : allers-retours permanents entre bureau et bateau ont été leur lot quotidien. Mais le 31 décembre prochain, Willy pourra enfin se reposer. « On pourra se concentrer sur notre navigation et rien d’autre. » Par modestie, le navigateur espagnol se refuse à faire la comparaison avec les autres skippers engagés dans la course. « Bien sûr que nous sommes des marins, mais aucun de nous deux n’a déjà été engagé sur un aussi long périple. »

 

Es-tu content d’être au départ ?

D’y être est déjà une victoire pour nous, avec le peu de temps que l’on a eu pour se préparer. Quand on a lancé le projet, on ne savait pas si on pourrait aller au bout de l’aventure. On devait préparer le bateau, faire notre qualification. Etre là est déjà une petite victoire.

Pour ton frère Bruno, c’est la deuxième tentative. C’est à cause de lui que tu t’es embarqué dans cette aventure ?

A l’origine, c’est clairement une ide de Bruno. Mais il m’a aussi fortement encouragé à m’investir dans le projet et les choses se sont mises en place assez naturellement. Quand on a commencé à y voir plus clair, on s’est investi avec beaucoup d’enthousiasme. Il faut aussi saluer le travail de toute notre équipe technique. On leur doit le fait que le projet ait pu aboutir et que l’on ait pu être aussi prêt que l’on peut l’être.

Comment t’es tu préparé pour cette course ?

Pour nous, ce n’est pas facile de concilier travail et course au large. Un navigateur professionnel peut et doit se dédier entièrement à son projet. Pas nous. Nous sommes des amateurs, nous avons notre travail et nous ne pouvons pas le laisser de côté. On a tous deux consacré de longues heures à notre travail pour être libérés pendant la course. De plus, on a essayé de garder un peu de temps pour nos familles. La vérité, c’est que ces derniers jours ont été particulièrement intenses. Quand le départ sera donné, on pourra se reposer, se concentrer sur la marche du bateau, rien d’autre. On a beaucoup bossé. Quand on aura largué les amarres, ce ne sera plus que du plaisir.

On imagine que ça n’a pas toujours été facile ?

C’était vraiment intense, mais tout le monde nous a soutenu, nous a rendu la tâche plus facile. Merci encore à l’équipe technique pour tous les efforts qu’ils ont pu faire pour que l’on soit au départ. Ils ont eu des moments difficiles, un travail énorme, mais ils ont tout fait pour nous simplifier la vie.

Vous êtes en osmose avec votre équipe, ça se sent…

Ce sont de grands professionnels. Notre chef de projet Ruben Castells qui avait travaillé sur Estrella Damm lors de la précédente édition de la Barcelona World Race, nous a énormément soulagé. Il connaît parfaitement le bateau et sait ce qu’il faut faire et ne pas faire. Mais toute l’équipe est terrible : ce sont de vrais pros.

Quels sont vos objectifs sur cette course ?

Etre au départ était le premier. Il est en passe d’être réussi. Le deuxième c’est d’être à l’arrivée, d’avoir su boucler notre tour du monde. Si on peut déjouer les pronostics, ce sera parfait. Mais on est lucide sur notre place, on garde les pieds sur terre. On a beau être marins, on n’a jamais navigué sur une telle distance. On verra ce qui arrivera.

Ça vous suffit donc de juste finir la course ?

Franchement, je m’en fiche de finir dernier. Ça ne me déplairait pas de faire mieux, mais c’est vraiment de finir qui est important. Parfois je fais la comparaison avec la course à pied en endurance que je pratique aussi. Je sais qu’il faut faire les choses à son rythme, bien évaluer la longueur du trajet… C’est important de trouver le bon équilibre.

Vous êtes tranquille par rapport à ce qui vous attend ?

Oui, plutôt. Mais on reste très respectueux face à un tel défi. On va traverser des mers inconnues. Notre famille est ravie parce que nous allons accomplir notre rêve, mais c’est à nous de faire les choses bien. On a une responsabilité vis à vis d’eux à cet égard. On va dans des endroits que nous ne connaissons pas, on part à la découverte, mais toujours avec respect et prudence.