Sébastien Destremau et son bateau déjà prêts à naviguer

Le protagoniste de l'une des histoires humaines les plus émouvantes du dernier Vendée Globe prévoit de participer avec le même bateau à la Barcelona World Race 2018/19. Nous l'avons interviewé quelques mois après le lancement de son livre Seul au monde dans lequel il raconte son aventure de plus de trois mois de compétition sur l'océan.

Interviews NOV. 2, 2017 09:57

Sébastien Destremau (Toulon, France, 1964) a écrit l'une des plus belles histoires du dernier Vendée Globe, tour du monde en solitaire qu'il a terminé après 124 jours en mer. Sébastien nous a fait revivre les grands moments d'émotion, épiques, de l'histoire de la course océanique dans son récit. Il y explique comment il a fait face aux adversités. À bord du Technofirst-FaceOcean (lancé en 1998), il a jeté l'ancre quatre jours au sud de la Tasmanie pour réparer, par ses propres moyens, la partie supérieure du gréement (le règlement du Vendée Globe interdit toute forme d'aide extérieure), ce qui l'a placé en dernière position et il est arrivé aux Sables d'Olonne 50 jours après le vainqueur, le Français Armel Le Cléac'h.

Journaliste formé en Australie et père de cinq enfants, Sébastien a décidé de faire le Vendée Globe alors qu'il couvrait la course de 2012 en tant que commentateur pour une chaîne de télévision. Connaissant parfaitement la voile de haute compétition (quatre America's Cup, une victoire à Sydney - Hobart et une participation à la Volvo Ocean Race), il a récupéré l'ancien Gartmore de Josh Hall, conçu par Finot en 1998, et s'est présenté au départ avec un projet à budget réduit. Sa philosophie est basée sur la fiabilité des choses simples, la confiance dans le pouvoir de la planification et la confiance dans la bonne gestion : "Tout ce que je n'ai pas; je ne le casserai pas", tel a été sa devise pendant la préparation de son projet.

Son expérience dans ce qu'il décrit comme «l'enfer du Vendée Globe» se reflète dans son livre qui vient de paraître, Seul au monde, récit autobiographique dans lequel il explique son défi et le processus d'introspection qu'il a vécu lors des 124 jours passés en mer. Nous l'avons interviewé après qu'il ait exprimé son intérêt à participer à la Barcelona World Race 2018/19.

 

Q: Où en êtes-vous de votre projet ?

R: Nous avons un programme basé sur le même bateau que celui que j'ai utilisé pour le Vendée Globe. Le bateau est pratiquement prêt à naviguer. Il n'y a presque rien à faire, nous avons tout l'équipement nécessaire pour participer à la Barcelona World Race, une grande course.

 

Q: Votre bateau est de 1998. Quelles différences y aurait-il eu dans l'esprit de votre livre si vous l'aviez écrit après avoir navigué sur un bateau de dernière génération?

R: Je, je... Si j'avais fait le VG avec un bateau de dernière génération, est-ce que j'aurais écrit le même livre? Hum… Sans aucun doute : non. Tout est lié ; le fait que j'ai fait le VG avec un vieux bateau et avec très peu de budget, avec tous les problèmes que nous avons eu lors de la préparation en raison de notre manque d'expérience... avec un bateau de dernière génération cela aurait été totalement différent, je ne peux pas vous dire comment. Ce qui est certain, c'est que grâce à ce bateau, nous avons écrit une belle histoire.

 

Q: Vous avez commencé la navigation océanique en tant que journaliste. En tant que professionnel de la communication, que pensez-vous du nouveau format de la course?

R: C'est sûr que l'escale en Australie est intéressante. Je pense que la Barcelona, pour qu'elle puisse évoluer comme une course autour du monde en double, il faudrait qu'il y ait plus d'escales, 2 ou 3 de plus, à Rio par exemple et dans un autre port. De cette manière, la régate serait mieux positionnée, mais c'est juste mon avis, bien sûr. Je pense aussi que le fait qu'elle ait lieu deux ans avant le Vendée Globe, si près de la Route du Rhum, ce n'est peut-être pas idéal, mais bon comme je vous l'ai déjà dit, je ne suis pas expert en la matière. La Barcelona World Race est une superbe course, magnifique, qui mérite un grand succès et une position forte sur le calendrier, comme le Vendée Globe: une course en solitaire et une en double. 

 

Q: Vous avez dit à plusieurs reprises, qu'avant de participer au Vendée Globe, vous n'étiez pas un navigateur solitaire. Maintenant, bien sûr, vous pouvez déjà être considéré comme un navigateur solitaire. Vous avez déjà navigué en double ? Comment imaginez-vous un tour du monde en double ? 

R: J'ai navigué en double pendant 45 jours du Cap à Toulon, pour transporter le bateau pour le Vendée Globe. Je connais très bien les deux types de navigation qui sont totalement différentes, elles n'ont rien à voir. J'ai fait le Vendée Globe, c'est un fait, mais je ne peux pas dire que ça fait de moi un "navigateur solitaire". Cela peut paraître absurde mais c'est ce que je pense. Si j'étais un navigateur "solitaire", je partirais toujours naviguer en solitaire et ce n'est pas le cas. Je navigue avec un équipage réduit.

 

Q: D'après vous, qui est le co-skipper idéal pour faire un tour du monde en double ? Vous avez contacté quelqu'un pour la Barcelona World Race ?

Ouah ! Il faut que cette personne ait le même objectif que vous et que cet objectif soit bien défini comme l'essentiel du projet. Je pense que c'est la chose la plus importante, plus que le caractère de la personne en soi. Bon, c'est ce que je pense... je n'ai encore jamais participé à la Barcelona... [Rires] On n'est pas encore organisés. On ne peut pas encore présenter de co-skipper. Participer à la Barcelona, c'est une affaire de frères, pas de co-skippers, c'est une affaire de famille... C'est une épreuve très difficile. Faire le tour du monde en double n'est peut-être pas aussi difficile que de le faire en solitaire, mais cela reste extrêmement difficile.

 

Q: Il y a une grande différence de potentiel de communication de la voile océanique entre la France et l'Espagne. En tant que journaliste et communicateur, que pensez-vous que nous pourrions faire en Espagne pour améliorer ce sujet ?

R: En France, nous avons eu la chance d'avoir des gens qui ont écrit l'histoire de la voile océanique, comme Éric Tabarly, avec qui tout a commencé, et bien plus par la suite. C'est impossible à copier, c'est quelque chose qui est propre à la France. Il y a des sports qui, dans certains pays, sont nationaux, par exemple, le football australien n'existe qu'en Australie. En France, il y a une véritable culture de la voile océanique, aussi bien des navigateurs que du public... et ça remonte quasiment aux années 60. L'Espagne a montré son intérêt pour la voile océanique, avec le départ de la Volvo Ocean Race d'Alicante et avec une course telle que la Barcelona World Race qui commence à être bien établie sur le calendrier.

Pour que la régate océanique devienne un évènement populaire en Espagne, je pense qu'il faut que des navigateurs tels que nous, viennent participer à des régates comme la Barcelona World Race, et que ça intéresse les entreprises espagnoles, par exemple. Si la FNOB pouvait aider à faire en sorte que ces entreprises s'impliquent dans les régates, ce serait un très bon facteur pour dynamiser la popularité de la voile océanique.

 

Q: Que pensez-vous de l'évolution de la flotte IMOCA ?

R: Ah...! [Rires] C'est une évolution très intéressante mais les bateaux sont trop chers. Ce sont des bateaux qui sont complètement hors de prix ! Ce n'est pas normal qu'ils soient aussi chers... ce sont des bateaux qui sont très restrictifs. C'est bizarre qu'on ait interdit des choses comme les proues rondes, et réduit le nombre de voiles pour limiter les coûts... mais ceux-ci étaient déjà exorbitants et le sont toujours donc : un nouveau bateau coûte près de 5 millions d'euros ... et un bateau d'occasion entre 3 et 3,5 millions. C'est trop ! Les bateaux doivent être moins chers, les prix doivent baisser.

 

Q: Selon vous, un projet tel que fabriquer des bateaux à partir du même moule, peut-il permettre de réduire les coûts?

R: Bien sûr que cela réduirait les coûts. Mais là on n'a rien inventé : les bateaux identiques, tels que les monotypes, permettent de diminuer les coûts grâce à la mise en commun des ressources. J'ai l'impression que parfois, on annonce des idées soit disant révolutionnaires alors qu'elles ont déjà été inventées. Dire que "On va faire des bateaux moins chers à partir du même moule... wow! ça sonne très bien mais ça fait des années que ça se fait... De nombreuses années ! Construire un bateau à partir du moule du Banque Populaire ou de n'importe quel autre, tout le monde est capable de le faire, ça s'est déjà fait des milliers de fois, mais ça n'empêche pas qu'un nouveau bateau coûte entre 4 et 5 millions d'euros, même si ça aide à diminuer les frais des équipes, bien sûr.