Sébastien Audigane : « En double, il faut savoir se dire les choses… »

Depuis 20 ans, Sébastien Audigane a bourlingué sur à peu près tous les types de plans d’eau, navigué sur tout ce qui flotte du dériveur olympique au multicoque océanique chasseur de record. Reconnu comme un des meilleurs barreurs de la course au large, il est aussi particulièrement apprécié pour ses qualités humaines. Aux côtés de Jörg Riechers, il embarque pour sa deuxième Barcelona World Race après une première expérience en 2010 avec Kito de Pavant.

Interviews NOV. 20, 2014 19:23

C’est un tandem franco-allemand au mode de fonctionnement original qui va s’aligner au départ de Barcelone le 31 décembre prochain. En effet, si Jörg Riechers est le chef de projet, celui qui a monté l’opération, c’est son coéquipier qui possède la plus grande expérience et qui devrait logiquement impulser la dynamique de fonctionnement à bord. Entretien à quelques jours du convoyage du bateau de Lorient à Barcelone.

Vous partez sur la Barcelona World Race sur un bateau éprouvé…

Ce n’est peut-être pas le plus rapide de la flotte, mais c’est un bateau particulièrement sain, bien construit, solide. Rappelons qu’Armel Le Cléac’h avait fini deuxième du Vendée Globe en 2009 et que Bertrand de Broc l’a mené sans souci pour l’édition 2012-2013. C’est un bateau solide, relativement facile à mener sur lequel on peut tenir de belles moyennes. Il n’est pas trop sollicitant.

Vous êtes-vous donné un objectif sportif ?

Avec Jörg, on vise clairement le podium. On commence à bien se connaître, on aura fait refaire de nouvelles voiles chez Incidences, la voilerie pour laquelle je travaille régulièrement comme apporteur d’affaires. On sait juste que pour tenir la cadence, il faudra ne pas hésiter à porter de la toile. Ça tombe bien : aussi bien Jörg que moi, on aime assez pousser les limites du bateau, dans des proportions raisonnables bien sûr.

La navigation en double : un choix ou une nécessité ?

Personnellement, le double comme l’équipage, c’est quelque chose que j’aime vraiment. En plus de la technique, il existe une dimension humaine indispensable si l’on veut réussir une performance. Et plus le parcours est long, plus il faut être préparé. C’est important, d’en parler avant, de naviguer ensemble, d’apprendre à se connaître. Il faut être capable de dire à son coéquipier qu’il est cramé, qu’il n’est plus performant comme il faut être capable de l’entendre.

Tes relations avec Jörg Riechers ?

Jörg est quelqu’un de très ouvert. C’est un compétiteur, mais il est capable d’entendre, de dialoguer. Forcément, je joue un peu le rôle du coach compte tenu de notre expérience respective à l’un et à l’autre. Mais on a le même âge, on s’est rencontré quand on était jeune sur des compétitions internationales en dériveur, on arrive aussi à discuter d’autre chose que de bateau. Vraiment, je ne suis pas inquiet. Je pense qu’on forme un bon binôme.

Tu vas être au départ de ta deuxième Barcelona World Race, avec quelques modifications par rapport à l’édition précédente (zones d’exclusion, suppression du passage par le détroit de Cook). Comment les vis-tu ?

Pour les zones d’exclusion, ça va clairement dans le bon sens. La multiplication des portes de glaces faisait qu’on se trouvait dans des schémas de navigation totalement bridés. Au moins là, on sera libre de choisir nos bords, de naviguer comme bon nous semble dans les zones autorisées. Concernant le détroit de Cook, j’avais plutôt apprécié, vu que je n’étais jamais passé dans ces coins-là. Maintenant, c’est bien de faire route directe depuis Bonne Espérance vers le Horn : ça raccourcit nettement le parcours et ça nous évite d’être piégés dans des zones anticycloniques… 

Le planning jusqu’au départ ?

On devrait convoyer le bateau d’ici le mercredi 26 novembre. Il y a ensuite une grosse dépression qui arrive sur l’Atlantique. L’objectif est d’avoir passé le cap Finisterre avant qu’elle n’arrive. Ensuite, je serai au salon nautique de Paris pour quelques rendez-vous avec des sponsors potentiels pour le prochain Vendée Globe. Puis retour à Barcelone pour la conférence de presse officielle et les briefings. On compte juste prendre un petit temps chez nous à la période de Noël. C’est un moment important pour la vie de famille…