Quatre skippers de la Barcelona World Race sur le podium de la Transat Jacques Vabre

Jean-Pierre Dick et Jérémie Beyou ont remporté la grande classique transatlantique en double, la Transat Jacques Vabre. Alex Thomson et Guillermo Altadill se placent deuxièmes, François Gabart quatrième, Kito de Pavant cinquième et le duo Dominique Wavre / Michèle Paret huitièmes. Vincent Riou quant à lui a été contraint d’abandonner aux Açores.

Interviews DÉC. 13, 2011 01:00

Au total ce sont huit marins ayant participé aux deux éditions de la Barcelona World Race qui ont pris le départ de la Transat Jacques Vabre le 2 novembre dernier dans le port français du Havre. La célèbre traversée de l’Atlantique en double qui a lieu tous les deux ans est devenu au fil des éditions un événement quasi-incontournable pour les marins se destinant aux deux grandes courses du calendrier IMOCA: le Vendée Globe et la Barcelona World Race. La Transat Jacques Vabre, ouverte à plusieurs classes de bateaux parmi lesquelles les Multi50, accueillait pour la première fois cette année les monocoques de la Class40.

13 inscrits parmi lesquels 4 nouveaux bateaux

Pour le cru 2011, 13 IMOCA Open 60 se sont alignés au départ de la Transat Jacques Vabre parmi lesquels 4 nouveaux bateaux lancés en 2011. MACIF de François Gabart, Gamesa de Mike Golding, Banque Populaire de Armel le Cléac’h et Cheminées Poujoulat de Bernard Stamm se confrontaient pour la première fois aux solides montures déjà éprouvées lors de précédentes courses. Le plateau avait de quoi faire rêver et donner un avant goût du prochain Vendée Globe. 

Virbac-Paprec 3 de Jean-Pierre Dick, vainqueur récent de la Barcelona World Race faisait équipe pour l’occasion avec Jérémie Beyou,  présent lui aussi lors de la première édition du tour du monde en double à bord de Delta Dore. Etaient également présents Alex Thomson et son équipier Guillermo Altadill ; Kito de Pavant et Yann Régniau à bord de Groupe Bel ; Dominique Wavre et Michelle Paret arrivés au Havre avec un tout nouveau gréement remplacé après leur démâtage lors de la dernière Barcelona World Race sur Mirabaud. Le plateau était complété par Safran de Marc Guillemot, vainqueur de la précédente édition de la Transat Jacques Vabre, qui faisait équipe avec Yann Eliés, et enfin Vincent Riou et Hugues Destremau sur PRB, étrenné lors du dernier Tour d’Espagne. 

Une transat corsée

Comme pour la plupart des traversées entre la France et les Caraïbes, la Transat Jacques Vabre offre un parcours compliqué dans des conditions souvent difficiles. Le parcours théorique jusqu’à Puerto Limón représente 4730 milles avec l’obligation pour les IMOCA Open 60 d’entrer en Mer des Caraïbes en laissant l’île de la Réplublique Dominicaine à tribord. La principale difficulté stratégique du parcours repose sur la gestion de l’anticyclone des Açores et des nombreuses dépressions qui traversent la zone Nord Atlantique en cette saison. Le dernier tronçon de parcours n’est pas en reste. La traversée de la Mer des Caraïbes jusqu’à Puerto Limón met à rude épreuve la patience des marins avec des conditions très instables et, dans les derniers milles, de nombreuses zones sans vent. 

L’option nord gagnante

Cette année, la course s’est jouée au nord des Açores, lorsque Jean-Pierre Dick et Jérémie Beyou à bord de Virbac-Paprec 3, et Alex Thomson et Guillermo Altadill sur Hugo Boss, ont choisi de suivre une route nord, proche de l’orthodromie, alors que le reste de  flotte préférait aller chercher les alizés au sud. Dans des conditions de vent dantesques, Virbac-Paprec 3 et Hugo Boss ont su tirer leur épingle du jeu, contrairement au groupe des Sudistes, notamment Groupe Bel et Mirabaud, qui ont eu à batailler avec une dorsale anticyclonique particulièrement coriace.Virbac-Paprec 3 et Hugo Boss ont ainsi mené un mano a mano intense, finalement remporté par l’équipage français, plus rapide, leur permettant de posséder une confortable avance de 80 milles à l’entrée du canal de la Mona, conservée jusqu’à Puerto Limón. Le triomphe des skippers français concrétise une saison extraordinaire: victoires de Jean-Pierre dans la Barcelona World Race et de Jérémie sur la Solitaire du Figaro. 

En entrant dans les Caraïbes, Hugo Boss a su maintenir MACIF de François Gabart et Sébastien Col à plus de 230 milles. A bord de l’ancien Estrella Damm, Alex et Guillermo ont conservé leur deuxième place assez facilement jusqu’à Puerto Limón. Un résultat psychologiquement très important pour le skipper anglais qui sortait d’une mauvaise période marquée par de nombreux abandons. Il a pu compter sur l’aide précieuse de Guillermo qui connaissait parfaitement le bateau avec lequel le skipper espagnol avait participé à la première Barcelona World Race avec Jonathan McKee (ndlr : l’équipage avait abandonné au Cap suite à de nombreux soucis sur le bateau). Malgré un temps de préparation relativement court, l’alliance a été fructueuse. A son arrivée au Costa Rica, Alex a déclaré : « Guillermo est un grand marin. Il a huit tours du monde et plus de milles que nous tous réunis à son actif. Nous avons bien travaillé. Nous sommes tous les deux francs et directs, on dit ce qu’on pense. Il n'y a eu aucun problème ». Pendant ce temps Guillermo à lui aussi fait l’éloge d’Alex et s'est félicité du comportement du bateau : « Nous avons eu un peu de casse, ce qui est normal dans les contions que nous avons rencontrées, mais le bateau a parfaitement répondu. » 

La lutte pour la troisième marche du podium s’est finalement conclue à la faveur d’Armel le Cléac’h et Christopher Pratt à bord de Banque Populaire qui ont pris le dessus sur MACIF au sud de la République Dominicaine.  François Gabart s’est déclaré satisfait du comportement de son bateau, qui disputait-là sa première régate océanique, mais aussi de la lutte intense qu’il a menée jusqu’à la fin avec son faux-frère Banque Populaire. « Ce n’est pas évident de se lancer avec un nouveau bateau, a déclaré François Gabart à Puerto Limón. Deux bateaux neufs ont dû abandonner, ça veut tout dire. On ne regrette pas notre option sud, on ne sait pas ce qui aurait pu se passer si nous étions allés au nord. On a subi quelques petites avaries, ce qui est normal sur un bateau qui est encore en phase de mise au point. Le pire qui nous soit arrivé : une panne d’énergie dans les Caraïbes qui nous a privés de données météos pendant plusieurs jours »

Kito de Pavant, accompagné de Yann Régniau, a mené Groupe Bel à la cinquième place. Un bon résultat pour le skipper français qui retrouvait la compétition après deux abandons consécutifs sur la Route du Rhum et la Barcelona World Race. Kito s’est montré satisfait de la performance de son bateau à l'arrivée : « Nous avons décidé d'aller au sud d’un commun accord. Nous savions que nous prenions le risque de tomber dans une bulle sans vent et c’est ce qui s’est passé. Ca a été un passage très difficile mais dans l’ensemble le bateau s’est parfaitement bien comporté, je commence a avoir vraiment confiance en lui. » 

Dominique Wavre et Michelle Paret sont arrivés au Havre avec très peu de temps pour mettre au point leur nouveau gréement après leur démâtage survenu lors de la dernière Barcelona World Race. Comme ils le concédaient à l’arrivée, leur huitième place est très satisfaisante : « Nous sommes heureux, c’était une course dans laquelle le plus important était de finir. Nous avons choisi la route qui préservait au mieux le bateau. » 

Hélitreuillage de Bernard Stamm et Jean-François Cuzon

La course a aussi enregistré les abandons d’Akena Véranda victime d’un démâtage, de PRB suite à une fissure dans une cloison, de DCNS 1000, qui a connu des problèmes d’énergie, et de Cheminées Poujoulat suite à une voie d’eau.On retiendra la nuit du 6 au 7 Novembre particulièrement difficile pour les bateaux ayant choisi l’option sud et qui sera à l’origine des avaries de PRB et Cheminées Poujoulat. Des vents de sud-sud-ouest de 35 à 45 nœuds frappent la flotte. A bord de PRB, Vincent Riou et Hugues Destremau se rendent compte qu’une de leurs cloisons est fissurée. Vincent doit admettre que la sécurité structurelle du bateau n’est plus garantie et se résout à se dérouter vers le port d’Horta aux Açores par prudence. 

Quelques heures plus tôt, Bernard Stamm et Jean-François Cuzon heurtaient un OFNI et observaient, impuissants, une importante voie d’eau menaçant leur survie à bord. En accord avec le directeur de course, Jean Maurel, Bernard déclenchait la balise de détresse car les conditions ne permettaient pas un remorquage jusqu’aux Açores, du moins pas avant cinq jours. Les deux skippers ont été hélitreuillés par le MRCC de Punta Delgada qui les a débarqués en toute sécurité sur l'archipel. Six jours plus tard, Cheminées Poujoulat pouvait être remorqué vers l'île de Terceira avant d’être chargé sur un cargo à destination de la France le 23 octobre. 

Classement 

1. Virbac-Paprec 3, Jean-Pierre Dick -Jérémie Beyou. 15j, 18h, 15m,  54s.

2. Hugo Boss, Alex Thomson - Guillermo Altadill. 16j, 9h, 20m.

3. Banque Populaire, Armel le Cléac´h - Christopher Pratt. 16 d, 15h, 0m, 23s. 

4. MACIF, François Gabart - Sébastien Col. 16j, 16h, 50m, 12s.  

5. Groupe Bel, Kito de Pavant - Yann Régniau. 16j, 18h, 4m, 32s. 

6. Safran, Marc Guillemot - Yann Eliès. 16j, 19h, 27m, 52s. 

7. Bureau Vallée, Louis Burton-Nelson Burton. 17j, 16h, 45m, 40s. 

8. Mirabaud, Dominique Wabre - Michèle Paret. 17j, 19h, 39 m, 26s.

9. Gamesa , Mike Golding - Bruno Dubois. 17j, 21h, 42m, 10