Nandor Fa : « L’âge n’est pas un sujet pour moi »

On a l’habitude de dire que 90% de la course est jouée avant d’avoir franchi la ligne de départ. Pour le tenace Hongrois Nandor Fa, la lutte qu’il aura dû mener pour prendre le départ de la Barcelona World Race à bord de son nouvel IMOCA 60 Spirit of Hungary ferait passer la suite du tour du monde pour une formalité.

Interviews DÉC. 3, 2014 18:21

Nandor Fa, à 61 ans, revient à la course au large après 17 ans d’absence. Sa vie professionnelle est moins contraignante, ses enfants ont grandi et sa famille peut s’impliquer pleinement dans le projet. C’est le moment de revenir à ses premières amours, lui qui a participé à deux éditions du Vendée Globe en 1992 et 1996.

Nandor, vous devez parfois vous demandez pourquoi vous faites tout ça. Mais pourquoi la Barcelona World Race ?

Tout me plait dans la Barcelona World Race. C’est une course fantastique et c’est le meilleur moment pour effectuer mon retour à la course au large. C’est une bonne question : pourquoi je reviens à nouveau ? Je sens que je dois le faire. J’adore être en mer. Je ne m’attends pas du tout à finir sur le podium, je souhaite seulement finir la course, savoir qu’on a bien navigué, qu’on a accompli une belle course. C’est bien plus important pour moi que de miser sur un quelconque résultat.

Comment voyez vous la course et la place que vous pourriez y occuper ?

Honnêtement je ne fais pas trop attention aux autres. Je ne vais pas me préoccuper de la place des uns et des autres. Nous allons faire notre course, je sais que ce sera serré, que le niveau est élevé. On a là une belle flotte, des  concurrents sympas… Tout le monde est à fond.

Quel est votre budget, comparé aux autres équipes ?

Nous sommes à peu près au niveau des autres. Simplement, je suis armateur du bateau, avec les soucis qui vont avec. On est une petite équipe, essentiellement des amis et la famille.

Qu’est-ce qui est le plus important : l’âge ou l’expérience ?

Ce n’est pas un sujet pour moi. Je suis en forme et j’ai toujours fait du sport. Je cours, je fais du vélo et du kayak, et je navigue toujours autant sur le Lac Balaton.

 

Pendant ce temps-là, le bateau a passé beaucoup de temps au chantier en Hongrie pour être modifié. Ce qui les a légèrement retardés dans leur entraînement. Mais le point positif est que Fa et son nouvel équipier américano-kiwi Conrad Colman sont en route pour Barcelona. Ils ont quitté l’Adriatique pour la Méditerranée le 2 décembre. Depuis leur départ de Trieste, ils ont navigué principalement au près, une bonne manière de tester le bateau, même si c’est plus difficile pour le confort de l’équipage.  Colman, qui a rejoint le projet quelques jours avant que le bateau ne quitte Trieste, prend petit à petit ses marques. Il a même pu fêter son anniversaire à bord de Spirit of Hungary.

 

Nandor, comment se sont passés les derniers préparatifs avant de quitter Trieste en convoyage ?

Nous avons eu une période très chargée à Trieste, après avoir transporté le bateau depuis la Hongrie. Ces derniers jours, nous avons dû vérifier tout le gréement et les voiles. Conrad est arrivé deux jours après que le bateau soit à Trieste et s’est mis tout de suite au travail.. Il était content de pouvoir nous aider, ce qui lui a permis de faire connaissance avec le bateau. Mais les deux derniers jours ont été réellement durs parce qu’il a fallu tout finir en très peu de temps. Il y a eu énormément de travail après les modifications faites au chantier. Nous avons presque tout reconfiguré : l’équipement du mât, l’électronique et les voiles. Nous avons employé jusqu’à 10 personnes le dernier jour, tous débordés du matin jusqu’au soir. Nous serons prêts à 90% au moment du convoyage. Le travail a été bien fait, l’équipe a vraiment été efficace. Globalement le bateau m’a l’air fantastique. Autant qu’on puisse en juger, les modifications vont dans le bon sens. Je suis plutôt optimiste.

 

Lors de nos échanges mardi matin, alors qu’ils prévoyaient une courte escale de deux heures pour régler quelques soucis de gréement, Nandor disait : « Les conditions ont été éprouvantes depuis notre départ de Trieste, avec du près mais surtout des changements de vents en force et en direction. Nous nous sommes battus en permanence, parfois empétolés, parfois avec 30 nœuds et plus et des orages, c’était épuisant. Nous avons quelques soucis techniques. Nous sommes à 20 miles de notre port d’escale. Nous nous arrêtons quelques heures avant de reprendre notre route vers Barcelone. Mais nous travaillons très bien avec Conrad et Peter également. Nous nous relayons toutes les quatre heures, ce qui semble bien fonctionner. Vous pourrez demander à Conrad une fois qu’on sera arrivés. Nous avons quelques petits problèmes techniques à régler mais nous sommes contents. Notre progression est un peu plus lente que ce que nous souhaitions mais ça ira mieux à partir du Détroit de Messine. »

Et Conrad Coleman ajouta : “J’ai eu 31 ans aujourd’hui. C’est un grand jour. J’étais au près, j’ai avalé un petit-déjeuner au soleil, composé de céréales et d’un yaourt, c’était un moment agréable. Ce fut un peu compliqué avec cette mer hachée. Ça nous a permis de tester le bateau mais ce n’est jamais très agréable. Mon père et mon grand-père disaient qu’un gentleman ne doit jamais naviguer contre le vent. Ça fait longtemps que je ne suis plus un gentleman. C’est agréable de commencer à faire corps avec Spirit of Hungary.”