Jean Le Cam : "Notre complémentarité doit créer de la valeur ajoutée"

S’il commence à être un habitué des tours du monde en solitaire, ce sera (presque) une première Jean Le Cam de vivre un tour du monde en double. « J’étais déjà présent avec Bruno Garcia en 2011, mais on avait démâté au bout de 10 jours. Ça ne fait pas vraiment le compte comme expérience… » Pour autant le triple vainqueur de la Solitaire du Figaro, récent 5e du dernier Vendée Globe ne s’alarme pas outre mesure de sa cohabitation à venir avec Bernard Stamm.

Interviews DÉC. 8, 2014 19:51

Comment s’est constitué votre équipage ?

Un peu par hasard. L’opportunité s’est présentée. Bernard a pu louer le bateau de Jörg Riechers, Mare, pour cette Barcelona World Race, il cherchait un équipier et moi de mon côté, j’étais vraiment tenté d’y retourner. La FNOB a initié le contact, et nous voilà…

Où en est votre préparation ?

On n’a pas eu beaucoup de temps pour préparer le bateau. C’est important de passer un peu de temps dessus, de s’en imprégner de comprendre comment ça marche. En plus sur ce bateau, on a eu trois propriétaires différents et des personnes de fortes personnalités (ndlr : Michel Desjoyeaux, Iker Martinez puis Jörg Riechers). Chacun a mis sa patte ; c’est important de comprendre pourquoi telle chose a été faite et par qui ? Parfois, on a du mal à retrouver nos petits…

Vous vous êtes répartis les rôles dans la préparation ?

C’est venu assez naturellement. Je me suis plus penché sur les voiles, le gréement, certains aspects ergonomiques, quand Bernard s’est occupé de toute l’électronique, des instruments de navigation. Maintenant, on a vraiment travaillé ensemble. Ce n’était pas chacun dans son coin. On échange beaucoup…

Le fait d’embarquer avec quelqu’un de très expérimenté, c’est un avantage… Mais c’est peut-être un risque de conflit ?

Ça voudra dire qu’on n’aura pas été intelligent. Le pire dans un équipage, c’est si l’un des deux a un égo mal placé, démesuré. A partir du moment où tu respectes la parole de l’autre où tu es prêt à l’entendre, c’est une occasion de progresser de façon phénoménale.

C’est à dire ?

Avec Bernard, on n’a pas toujours les mêmes façons de faire. Alors, on a décidé de comparer nos méthodes, de discuter entre nous. Et c’est souvent un mixte des deux qui est le plus efficace. Cette confrontation là, si elle est bien gérée, elle ne fait que t’enrichir. C’est ç la magie du double…

Mais ça veut dire être capable de trouver des compromis…

Mais des compromis, on en fait tous les jours. Vous en connaissez des gens qui vivent en couple et qui ne font pas de compromis ? C’est irréaliste. Nous, ce sera pareil, sauf que notre petit couple, il ne va durer que trois mois. Le but du jeu, ce sera de trouver l’optimum à partir de l’expérience de chacun.

Et partir présente des avantages aussi ?

Déjà on a deux cerveaux et quatre mains, ça facilite les choses. Et puis, nous sommes tous les deux des compétiteurs. On sait que notre aiguillon commun, c’est l’envie de gagner. A partir du moment, où tu poursuis les mêmes objectifs, les choses deviennent forcément plus simples.

Il y aura des domaines de compétences spécifiques de chacun ?

A priori, non. On doit pouvoir être capable de s’entendre suffisamment pour que les grandes décisions soient prises de façon collégiale. De toutes les manières, si on n’est pas capable d’être en accord sur les choix à faire, il ne faut pas espérer faire un résultat.

Pour deux marins habitués du solitaire, c’est quand même un sacré challenge…

Vous nous collez une image fausse sur le dos. Personnellement, j’adore le double : entre les transats Jacques Vabre et les transats AG2R en Figaro, j’ai un sacré nombre de milles en double. Et Bernard n’est pas un ours solitaire. On est des gens normaux. C’est sympa aussi de pouvoir partager. Après que tu partes deux, cinq jours ou trois mois, ça ne change pas vraiment. L’objectif est toujours le même : tirer le meilleur de ton bateau.