Conrad Colman : « Je suis le plus francophile des navigateurs anglo-saxons »

Installé à Lorient depuis plusieurs années, Conrad Colman se revendique volontiers comme un exemple de citoyen du monde. Originaire de Nouvelle-Zélande, il a ensuite bourlingué aux USA puis en Grande-Bretagne avant de se poser en Bretagne. Déjà vainqueur d’un tour du monde en Class40, il s’apprête à repartir pour la grande boucle aux côté du navigateur hongrois Nandor Fa, à bord de Spirit of Hungary.

Interviews DÉC. 15, 2014 17:00

Comment se situe, pour toi, cette expérience de la bwr ?

C’est une nouvelle étape. J’ai déjà un tour du monde en Class40 derrière moi. Cette bwr peut être pour moi l’opportunité de franchir un nouveau seuil et de me préparer pour mon prochain objectif le Vendée Globe. J’aimerais bien être le premier Kiwi  à prendre le départ d’un Vendée.

 Comment se passe la cohabitation avec Nandor ?

Bien, malgré le fait qu’on ait beaucoup de différences. Tout d’abord, c’est son propre bateau : il l’a dessiné lui-même, il l’a construit. Il a forcément un rapport très intime avec sa machine. On pourrait trouver d’autres différences : il est le plus âgé de la course et je suis le plus jeune. Enfin, il vient d’Europe de l’Est quand je n’ai vécu que dans des pays à tradition libérale comme la Nouvelle-Zélande, les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne. Et pourtant, c’est étonnant, mais on des approches très similaires.

 Tu peux résumer le parcours qui t’a amené jusqu’ici…

Déjà je suis dans un milieu où l’on naviguait beaucoup. Ma première traversée transocéanique, j’avais trois ans. On était allé de Nouvelle-Zélande jusqu’à Bali. Et pourtant, je n’arrive pas à considérer que c’est uniquement par atavisme que je navigue. Quand j’étais aux Etats-Unis, j’ai fait plein d’autres choses, je me suis notamment occupé d’une équipe cycliste, j’ai fabriqué des vélos prototypes… des choses qui n’avaient rien à voir avec la mer.

 Comment s’est refaite la connexion avec le monde des marins ?

Je suis arrivé à Cowes et j’ai commencé à travailler pour UK Sails. Puis en 2008, je suis devenu le préparateur de Steve White, un Britannique qui préparait le Vendée Globe. On a fini la préparation du bateau à Lorient et c’est là que je me suis installé…

 Néo-zélandais, de culture américaine installé en Bretagne, c’est un sacré mélange !

Oui, je me surprend parfois à penser en français, à rêver en français… Je suis sûrement le plus francophile des Anglo-Saxons. En fait, j’essaye de prendre le meilleur de toutes ces cultures : les Kiwis sont des gars bosseurs et opiniâtres, les Américains ont le sens de l’innovation. Je trouve que les Bretons sont une bonne synthèse de ces deux caractères.

 Et votre objectif, sur la course, c’est ?

Avant tout de terminer. C’est la première course de Nandor fa sur son nouveau bateau. On ne sait pas encore ce qui peut casser. Pour Nandor, c’est très important de continuer de découvrir le potentiel de sa machine. On ne peut pas être dans un esprit du mode : « Ça passe ou ça casse… » La première semaine sera déterminante. Les gars qui sont présents ici, savent pour la plupart quel est le potentiel de leur machine. Pas nous… On va peut-être avoir une surprise incroyable. Mais on n’oublie qu’une course de trois mois se joue aussi sur la durée. D’ici notre retour à Barcelone, il peut se passer plein de choses.