Bruno Garcia : « Je veux me faire plaisir, vivre la course et la faire vivre »

Bruno Garcia est cardiologue. Et pourtant, il va, pour la deuxième fois, tenter de boucler un tour du monde en course, en équipage réduit. « J’ai échoué à la première tentative » rappelle Bruno en référence à la précédente Barcelona World Race où, avec Jean Le Cam, ils avaient démâté au bout de dix jours de course.

Interviews DÉC. 11, 2014 13:16

S’il se définit lui-même comme un pur amateur, il est difficile d’ignorer que Bruno Garcia affiche un CV que bien des coureurs pourraient lui envier, avec nombre de traversées en double ou en solitaire en Méditerranée comme en Atlantique. Il sera donc de retour en IMOCA le 31 décembre, cette fois-ci aux côtés de son frère Willy. L’équipage qui annoncera d’ici peu de temps son partenaire partira sur un bateau fort vénérable puisqu’il a déjà deux tours du monde complets dans sa besace et qu’il a gagné la première édition de la Barcelona World Race aux mains de Jean-Pierre Dick et Damian Foxall.

Prêt pour une nouvelle tentative de tour du monde, alors ?

Je pense… Mais je me souviens de la première tentative. Mais j’y retourne pour faire le tour complet. C’est l’objectif.

Qu’est ce qu’il te reste de ta dernière Barcelona World Race ?

Surtout que je ne l’avais pas terminée. J’y ai malgré tout appris beaucoup de choses et j’espère que ça sera utile pour cette édition.

Vous êtes le dernier équipage engagé dans la course, est-ce que ce n’est pas un trop grand désavantage ?

C’est un inconvénient, c’est certain. On a eu moins de temps pour nous préparer que les autres. Mais c’est aussi un avantage car on a moins de pression. Personne ne peut nous demander de nous aligner sur les autres compte tenu de notre temps de préparation.

Comment se passe cette préparation, justement ?

Ça va. Travailler sur le bateau, réfléchir à ce qui est juste, persévérer vous fait aller de l’avant. D’un autre côté, nous disposons d’une équipe formidable. Il y a une excellente ambiance sur ce projet.

Vous serez prêts le jour du départ ?

J’espère… Il manquera peut-être des petites choses, mais je pense que la base sera prête. Notre équipe technique est très compétente et beaucoup de personnes de la FNOB nous aident et nous soutiennent. Quand les choses s’enchaînent comme elles le font actuellement, ça nous amène à penser que nous nous en sortirons honorablement.

Comment as-tu vécu ces derniers mois entre ton travail, ta famille, le bateau ?

C’était compliqué. Très différent de ce que j’avais vécu sur la première édition. La dernière fois, j’étais venu en France sur un projet à plein temps, isolé de ma famille et de mes contraintes professionnelles. Là, je vis des jours schizophréniques ou kafkaïens… Parfois, je démarre un boulot à l’hôpital, puis je dois passer des coups de fil pour le bateau, je retourne ensuite à l’hôpital ou en consultation, puis le bateau. Et tout çà, en  essayant d’accorder du temps à ma famille.

La voile c’est un hobby pour toi, malgré un CV fourni…

C’est sympa d’avoir un CV comme vous dites, mais ce n’est pas mon objectif, ni même un dessein professionnel. Au bout du compte, le CV c’est une bonne manière de te définir. Quand j’y pense, ce n’est pas désagréable et j’aimerais bien continuer de l’enrichir.

Quelles sont vos premières sensations à bord ?

On n’a pas eu trop de temps pour approfondir des sensations contradictoires, mais dans l’ensemble, on se sent bien. Je commence à sentir le bateau, à faire corps avec lui. Je ne le connais pas entièrement, mais j’ai déjà fait un tour de l’Espagne à bord et quelques convoyages. C’est un bon bateau… J’ai plutôt de bonnes sensations.

Et les relations avec ton frère ?

C’est difficile d’en parler (rires). On s’entend bien, je pense. Mon frère est un des plus jolis cadeaux que j’ai eus de la vie. C’est un véritable ami, un super frangin et un excellent navigateur. J’ai confiance : il sera bien en mer comme à la montagne. On a fait beaucoup de choses ensemble et notre confiance mutuelle est phénoménale. Je sais qu’on a peu de temps de préparation mais notre connaissance l’un de l’autre compense. On a une très bonne relation même en cas de coup dur.

Qu’est ce que tu attends de cette course ?

Je ne sais pas trop. J’en attends beaucoup et en même temps, pas tant que çà. J’ai toujours en tête la déception de la dernière fois. Maintenant, j’espère prendre du plaisir. Le temps de préparation était vraiment enrichissant, utile. Je suis agréablement surpris par notre équipe. Notre boat captain, Ruben Castells, est un super gars et un technicien particulièrement pointu. Grâce à lui, je pense qu’on pourra faire mieux que ce que j’espérais à l’origine. Mais je ne vais pas parler de résultats, car ni mon frère, ni moi ne voulons nous mettre la pression. On est juste excité à l’idée de faire quelque chose de propre. Si on peut finir bien… Sinon, on essaiera de faire pour le mieux. Je veux juste prendre du plaisir, vivre la course pleinement, la faire vivre, comme ce fut le cas avec Jean Le Cam la dernière fois. Ce genre de course, ce n’est pas seulement pour les marins. Elle implique des équipes à terre et tous les gens qui vont nous suivre. Avec mon frère, on va essayer de faire partager tous nos espoirs au plus grand nombre.