Alex Thomson: "Le bateau est plus rapide, mais je ne peux pas en tomber amoureux"

Après un grand carénage avant course, l'IMOCA 60 Hugo Boss d'Alex Thomson a été remis à l'eau  pour une dernière ligne droite avant le départ de la Barcelona World Race qui s'élancera le 31 décembre prochain.

Interviews OCT. 25, 2014 02:04

Le bateau, qui a été mis en conformité avec les règles de la nouvelle jauge IMOCA, a été mesuré en conséquence et sera testé en Méditerranée à la fin du mois où il est prévu que Thomson et son coéquipier Pepe Ribes peaufinent leur entraînement et leurs préparations, entrecoupés de retour à la maison avec leurs  familles et leurs jeunes enfants.

 

Georgia, la fille d'Alex Thomson, est née il y a quatre mois et le skipper anglais a pris beaucoup de plaisir à passer du temps avec elle avant de se préparer à s'engager dans son prochain tour du monde.

 

« Il y aura des gains de performance avec la nouvelle jauge, mais la chose la plus importante sur laquelle nous nous sommes concentrés a été la fiabilité. Par exemple, nous avons changé le système de bastaques, nous avons entièrement testé le mât et l'avons renforcé à certains endroits. Il devrait donc être plus solide, moins sensible à la casse. Nous avons également changé l'ensemble des boulons de quille par mesure de précaution et installé un nouveau moteur », confie Thomson.

 

Bien que Thomson ait dû renoncer au dernier moment à la New York to Barcelona Race en juin, pour être présent pour la naissance de sa fille, il est satisfait du nombre de milles qu'il a déjà parcouru avec Ribes. « On voudrait toujours s’être entraîné un peu plus, c'est dans la nature des choses, mais je suis content », déclare-t-il.

 

Précédemment, ils ont fait un aller/retour en Pologne avant de naviguer à travers l'Atlantique.

 

« Fondamentalement, j'ai toujours été à bord sauf pendant la course. Cela doit représenter environ 10 000 milles de navigation ».

 

Hugo Boss est un plan VPLP-Verdier, l'ancien Virbac-Paprec 3 de Jean-Pierre Dick qui a remporté la dernière édition de la Barcelona World Race, et Thomson aime un grand nombre des caractéristiques de ce nouveau bateau, mais ce n'est pas pour autant une histoire d'amour !

 

« Le bateau est nettement plus rapide et c'est ce qui compte. Il bénéficie d'une structure composite beaucoup plus rigide et vous le sentez, il semble plus rapide. Mais je ne peux pas en tomber amoureux. Je préfère l'ancien bateau. Celui-ci a moins de protection, même si j'aime beaucoup pouvoir barrer de l'intérieur du cockpit ».

 

Alex reconnait qu'il apprécie beaucoup la sociabilité et la camaraderie qu'impose la navigation en double, et chacun de ses partenaires a été différent en termes de personnalité et de compétences marines.

 

Ribes est espagnol bien-sûr – comme leur rival de la Barcelona World Race Guillermo Altadill avec lequel Alex a terminé second de la Transat Jacques Vabre 2011 – mais ce sont deux caractères différents comme le remarque Thomson :

 

«Leur culture est essentiellement semblable. Ils sont tous les deux très résistants et durs au mal et viennent tous les deux de la Volvo Ocean Race ce qui veut dire qu'ils sont habitués à « ramasser » (rester sur le pont quelles que soient les conditions et les punitions de la mer) alors que j'aime bien être à l'abri, mais les ressemblances s'arrêtent là. Guillermo est beaucoup plus expressif, ce qui veut dire que l'on sait très vite s'il n'est pas content. Il est plus latin si vous préférez. Pepe l'est un peu moins. La navigation de Pepe est plus « nouvelle génération », très au fait de toutes les dernières évolutions, avec une approche scientifique, pendant que Guillermo se fie plus aux sensations, à son expérience et à son intuition ».

 

"Avec Pepe Je pense que nous sommes assez égaux dans notre façon de travailler à bord du bateau. Si une décision doit être prise, l'un de nous la prendra. Il est suffisamment extraverti et je suis sûr que nous allons nous pousser l'un l'autre ».

 

« Bien sûr cela va demander du travail. Toutes les relations demandent du travail pour s'épanouir », assure Thomson.

 

Le skipper anglais déclare qu'il a énormément appris de sa troisième place lors du dernier Vendée Globe, la course autour du monde sans escale en solitaire, un résultat qui lui a demandé 10 ans de sa vie. Mais il ne pense à aucun moment que la Barcelona World Race sera moins intense :

 

« Ce sera aussi intense, mais de façon différente. A deux, vous poussez beaucoup plus fort, les risques sont moins élevés et c'est beaucoup plus marrant. Je pense que ce sera très serré entre les quatre premiers bateaux ».

 

Il est très impatient de participer à cette course, après avoir été écarté au dernier moment de la dernière. Chaque course apporte de nouvelles connaissances.

 

Il sourit : « J'apprends course après course. A mesure que vous vieillissez, vous devenez plus à l'écoute de ce qui va arriver, ou de ce qui peut arriver. Pendant le Vendée Globe, j'ai beaucoup appris sur les réparations utilisant le carbone. Espérons qu'avec Pepe, qui est également constructeur, je n'aurai pas à m'en soucier cette fois ! »

 

« Ce que j'aime avec la Barcelona World Race, c'est que c'est vraiment international et que c'est en double. Ces choses sont importantes pour moi ».

 

Et au sujet de sa rivalité et de son amitié avec le skipper de NeutrogenaGuillermo Altadill :

 

« Disons que nous devons le battre. Il a beau faire partie de la même équipe et être un bon ami, nous partons pour le battre. Des consignes d'équipe ? Il n'y en aura jamais. Et pensez-vous vraiment que Guillermo les suivrait !?! »