Le business d’un boss

Stewart Hosford dirige une des plus grandes et plus ambitieuses équipes IMOCA par le biais de sa société 5°W qui, pour l’heure, s’occupe du projet Hugo Boss d’Alex Thomson et Neutrogena qui n’est que l’ancien bateau d’Alex à bord duquel il terminait 3e du dernier Vendée Globe. Stewart Hosford a rejoint l’équipe d’Alex juste avant la dernière Barcelona World Race. S’il s’est occupé d’optimiser ses intérêts commerciaux, il a été déterminant dans les changements au sein de l’équipe, pariant avant tout sur la fiabilité des bateaux et permettant à Alex d’amener une unité de 2008 sur le podium du dernier Vendée Globe, une place qui venait juste à temps pour la crédibilité à venir du partenariat engagé. C’est ainsi qu’Hugo Boss s’est de nouveau engagé auprès d’Alex avec à la clé, la construction d’un IMOCA neuf sur plans Verdier – VPLP.

Articles DÉC. 23, 2014 15:43

Ce modèle de gestion de projet est unique dans le circuit IMOCA par sa taille et son rayon d’action. Les IMOCA d’Hugo Boss sont appelés aux quatre coins du monde pour coller à la stratégie événementielle de la marque et sa promotion. De ce point de vue, Alex s’est particulièrement impliqué pour fournir un retour d’image positif à Hugo Boss. L’incroyable initiative et le succès des images marchant sur le mât de son IMOCA ont ainsi généré des retours médias estimés à près de 6,5 millions d’€.

Stewart, deux teams, deux bateaux, quatre co-skippers, c’est deux fois plus de travail ?

Oui et non… Oui, pour ce qui concerne les relations humaines. C’est deux fois plus de travail car chaque skipper veut être traité à part égale. Ils ont besoin de sentir l’implication de l’équipe, de voir qu’ils sont un rouage essentiel du fonctionnement… On se doit d’avoir une relation individualisée avec chacun, donc oui, c’est deux fois plus de travail. Mais techniquement, on peut partager des outils, des technologies et des expertises utiles au deux programmes en même temps. On peut se permettre de transférer sur un bateau ce que l’on a appris sur l’autre. Cela rend les choses un peu plus faciles. Mais c’est important que chaque skipper se sente le patron de son bateau et qu’il dispose de tout ce dont il a besoin.

Des deux bateaux, qui va gagner ?

On a la chance de connaître Neutrogena parfaitement depuis le dernier Vendée Globe où il courrait sous les couleurs d’Hugo Boss. C’est une de nos forces de travailler dans la continuité de ce projet depuis quelques années. On dispose maintenant d’une bonne expertise. On est très à l’aise avec Neutrogena, c’est un bateau qui a fait ses preuves qu’on a décortiqué entièrement avant le dernier Vendée Globe. Paradoxalement, il est peut-être mieux préparé que le nouveau Hugo Boss. On a racheté le bateau à Jean-Pierre Dick  et on a eu pas mal de boulot à faire dessus. On a travaillé sur les positions des ballast, fabriqué une nouvelle quille. On a fait pas mal de changement sur le mât qui reste celui d’origine, notamment quelques travaux de structure pour le rendre plus solide. C’est en fait une foule de petits détails qui font la différence : on a travaillé sur les safrans par exemple, le système de relevage, on a revu l’électronique, amélioré l’hydraulique…

En tant que manager de l’équipe, vous semblez être à l’affut du moindre détail…

Performance, dessin des bateaux, gestion des courses, on est en concertation permanente. Si il y a bien une chose sur laquelle je suis intransigeant depuis mon arrivée en 2010, c’est d’avoir nos propres processus de travail. J’ai commencé à travailler pour l’équipe juste avant la dernière Barcelona World Race. Je ne perds pas de vue les objectifs, mais je sais que ce seront de petits détails qui feront la différence au final. Par exemple, personne n’est autorisé à intervenir sur un bateau si ce n’est pas pointé dans notre ordre du jour. Les tâches sont distribuées chaque matin et chacun sait ce qu’il à faire. Le job n’est considéré comme terminé que quand Ross, notre directeur technique, Alex ou Pepe ont réceptionné les travaux. Dans l’industrie, certains processus de fabrication garantissent des pièces exemptes de défaut à plus de 99%. Nous en sommes encore loin, mais c’est ce vers quoi nous voulons tendre. Chacun sait ce qu’il a à faire. Chacun sait ce qu’il en coûte de ne pas atteindre nos objectifs de qualité. Et ceci s’applique sur les deux bateaux. La troisième place d’Alex dans le Vendée Globe découle aussi de cette exigence. Nos objectifs conjoints de fiabilité et de performance ont beaucoup joué sur la confiance qu’Alex pouvait avoir dans son bateau. Il savait que la préparation de son bateau était le résultat de deux ans de travail avec un très haut niveau d’exigence.

Comment le marketing autour du bateau a-t-il évolué ?

Avec nos résultats, notamment sur le Vendée Globe, on a démontré que l’on pouvait vraiment communiquer plus sur le sponsoring voile d’Hugo Boss. Auparavant, on se situait stratégiquement en dessous du golf et de la Formule 1. Maintenant, on se situe à égalité en terme de choix marketing. Cela rend les choses plus faciles. Par exemple, la marche sur le mât a généré plus d’1,3 millions de pages lues. Quand un athlète fait quelque chose d’un peu fou qui se trouve décalé par rapport à son sport, on multiplie les impacts.

 

Et quel peut être l’impact de la Barcelona World Race pour une marque comme Hugo Boss ?

Le résultat est essentiel. Certains ont tendance à établir une hiérarchie entre les courses. Ce n’est pas notre manière de faire. Pour nous la Barcelona World Race est à situer au même niveau que le Vendée Globe. C’est un tour du monde, on part d’une grande métropole, c’est une course d’envergure… Notre objectif est clair : nous voulons terminer 1er et 2e. Tout au moins, c’est mon rêve. Hugo Boss  est un bateau de dernière génération, on s’attend donc logiquement à ce qu’il fasse partie des favoris. Alex et Pepe n’ont pas peur d’assumer ce statut. Toutes les courses de l’IMOCA Ocean Masters sont importantes pour nous. Et c’est vrai que pour Pepe, comme pour Guillermo, revenir en vainqueur à Barcelone serait une immense fierté. D’autant que jamais un équipage ou un navigateur étranger, n’a réussi jusque-là à damer le pion aux marins français dans une course majeure du circuit IMOCA.