Au pays du long nuage blanc

Passer le détroit de Cook qui sépare l’île du Nord et l’île du Sud, c’est traverser comme par effraction au cœur d’un des pays les plus atypiques de l’hémisphère sud. Isolée à plusieurs milliers de kilomètres du continent australien, la Nouvelle-Zélande rassemble quelques quatre millions d’habitants soit un peu plus que la population de la Bretagne sur un territoire équivalent en surface à l’ensemble des îles britanniques.

Articles JUIL. 25, 2012 15:54

Des paysages d’une beauté brute où la préservation de la nature fait encore force de loi, le mélange de deux civilisations fondatrices issues de cultures que tout oppose, un pays encore jeune où les traditions d’accueil ne sont pas un vain mot, une passion pour les sports de plein air, voilà quelques uns des caractères dominants de ce territoire du bout du monde.

Bons sauvages et buveurs de thé

On attribue généralement la découverte de la Nouvelle-Zélande à un navigateur polynésien, Kupe, qui lui aurait donné le nom de Aotearoa (pays du long nuage blanc). Dans son sillage, ce sont plusieurs tribus maories qui se sont installées, principalement sur l’île du Nord. Il faudra attendre l’arrivée du navigateur néerlandais Tasman en 1642, pour voir pour la première fois, des Européens tenter de prendre pied sur le territoire. Mais les premiers contacts sont loin d’être amicaux et Tasman est obligé de rebrousser chemin, après avoir perdu de nombreux hommes d’équipages massacrés par les Maoris. Il laissera trace de son passage en nommant ces nouveaux territoires, Nouvelle-Zélande, en référence à une des provinces néerlandaises. C’est finalement James Cook qui, au prix de violents combats, parviendra, en 1769, à installer une colonie sur place et décréter le rattachement de la Nouvelle-Zélande à la Couronne britannique. En 1840, les maoris cèdent la souveraineté de leurs terres à l’Angleterre en échange de sa protection. Ce traité va marquer le début d’une colonisation sauvage et l’exploitation intensive des richesses minières du pays. Avec corollaire, des tensions grandissantes entre Maoris et colons qui se traduisent par une guerre civile en 1860 et la défaite des autochtones. Placée sous la tutelle de la Grande-Bretagne la Nouvelle-Zélande n’accèdera ensuite qu’en 1907 à une relative autonomie sous forme de dominion britannique. Elle n’accèdera à l’indépendance qu’en 1947. Ce n’est qu’en 1985, qu’un accord signé avec la communauté maori reconnaitra leurs droits bafoués et rendra les terres confisquées depuis le XIXème siècle.

Men in black

Cette double culture est sans conteste un des points forts de l’identité de la Nouvelle-Zélande d’aujourd’hui. Identité exprimée au travers de son équipe de rugby, les All Blacks dont chaque match est préludé par le célèbre « Haka », une danse rituelle maori menée par un des Mélanésiens de l’équipe. Noir, c’était aussi la couleur de Black Magic, le bateau kiwi qui enleva au nez et à la barbe des Américains la célèbre Coupe de l’America en 1995. Car en Nouvelle-Zélande si le sport est une seconde nature, la voile et le rugby sont des religions. Dans ce pays qui a conservé un caractère profondément rural, autour de quelques grands pôles urbains tel Auckland et Wellington sur l’île du Nord, Christchurch sur l’île du Sud, l’appel du grand large est une évidence.  Les navigateurs néo-zélandais dominent la course au large en équipage et certains d’entre eux comme le regretté Peter Blake, vainqueur de la course autour du monde, de la Coupe de l’America, assassiné par des pirates brésiliens dans l’embouchure de l’Amazone sont devenus des icones bien au-delà de ses frontières. Les hommes en noir, qu’il s’agisse de faire manger l’herbe d’un terrain à leurs adversaires ou d’aller au plus vite sur l’eau, sont quoi qu’il advienne des adversaires redoutables.

Un zeste de civilisation dans le cocktail de la course

De tout ceci, les équipages de la Barcelona World Race n’en auront qu’une vague idée. Pour la plupart des navigateurs, la Nouvelle-Zélande va se résumer aux quelques trois cent milles du détroit de Cook au passage entre les deux îles à son endroit le plus resserré (à peine  25 km, l’équivalent du Pas de Calais). Il s’agira en premier lieu de négocier au mieux les effets venturi provoqués par les reliefs imposants qui bordent le détroit, de gérer les bourrasques qui ne manqueront pas de survenir, de composer avec des courants très variables entre vents et marées. Il reste que pour les tandems embarqués depuis plus de quarante jours en tête à tête avec les éléments, le retour à la civilisation risque d’être brutal. Apercevoir tout d’un coup les traces d’une vie sociale intense, croiser des navires à passagers, des plaisanciers en balade qui voudront peut-être faire un bout de chemin de conserve pour se plonger sans retard dans les eaux du Pacifique, risque de provoquer quelques bouffées nostalgiques au sein des équipages. Deux navigateurs devraient être particulièrement touchés : Jean-Pierre Dick qui, pour avoir fait construire tous ses bateaux en Nouvelle-Zélande, s’est profondément attaché à ce pays et Andy Meiklejohn qui sera le seul de la flotte à s’éloigner chaque jour un peu plus de la maison à mesure qu’il fera route vers Barcelone.

PFB